ACTE I, SCÈNE I
récrins en Argos, pour hftter ce voyage ^ Que ce guerrier, pressé de partir avec nous, Yonloit revoir ma fille, et partir son époux.
ARCAS
Et ne craignez-vous point Timpatient Achille >? Avez-vous prétendu que, muet et tranquille. Ce héros, qu'armera Tamour et la raison >, Tons laisse pour ce meurtre abuser de son nom ? Verra-l-il à ses yeux son amante immolée ?
AGAMEMKON.
Achille étoit absent; et son père Pelée,
D*un voisin ennemi redoutant les efforts,
L*avoit, tu t'en souviens, rappelé de ces bords:
Et cette guerre, Arcas, selon toute apparence, -
Auroit dû plus longtemps prolonger son absence.
Mais qui peut dans sa course arrêter ce torrent?
Achille va combattre, et triomphe en courant;
Et ce vainqueur, suivant de près sa renommée.
Hier avec la nuit arriva dans Tarmée.
liais des nœuds plus puissants me retiennent le bras :
Ma fille, qui s'approche, et court à son trépas ;
Qui, loin de soupçonner un arrêt si sévère *,
Peut-être s'applaudit des bontés de son père ;
Ma fille... Ce nom seul, dont les droits sont si saints,
• Mannontel et Desfontainet ont cherché à justifier Badne de cette expression, en Argos. Mafmontel vouloit qvi' en Argos signifiât en Ar» golide. C'est aller chercher bien loin l'explication d'une phrase reçue du temps de Racine ; l'usage alors permettoit d'employer la préposition en à la place des prépositions à et dans. Corneille en offre plusieurs exemples.
S Vimpatient Achille veut dire le bouillant, Vimpélueux Achille ; Racine a pris ce mot dans le sens des Latins. (O.)
S Quand le verbe précède, on peut le mettre au singulier , s'il suivoit, il faudroit le mettre au pluriel : Ce héros que la raison et l'amour armeront. Ce héros que conduit Vamour et la fortune. Ce héros que l'amour et la fortune conduisent. (L. R.)
♦ Sévère, \e mot est foible , lorsqu'il s'agit d'un acte si barbare. Quant au mot arrêt, il n'est pas plus convenable : ces deux mots supposent l'action de la Justice, et il n'y a rien de juste dans le meurtre de cette jeune fille. Âgamemnon en parlera mieux tout à l'heure, en se plaignant aux dieux des fureurs de ce noir sacrifice.
Sa jeunesse, mon sang, n*est pas ce que je plains ^ : Je plains mille vertus, iftie amour mutuelle, Sa piété pour moi, ma tendresse pour elle, Un respect qu'en son cœur rien ne peut balancer, Et que j'avois promis 4e mieux récompenser, ^on, je ne croirai point, 6 ciel, que ta justice Approuve la fureur de ce noir sacrifice : Tes oracles sans doute ont voulu m^éprouver; Et tu me punirois si j'osois Fachever.
Arcas, je t'ai choisi pour cette confidence; Il faut montrer ici ton zèle et ta prudence. La reine, qui dans Sparte a voit connu ta foi. Ta placé dans le rang que tu tiens près de moi. Prends cette lettre, cours au-dévant de la reine. Et suis sans t'arrèter le chemin de Mycènc. Dès que tu la verras, défends-lui d'avancer 2, Et rends-lui ce billet que je viens de tracer. Mais ne t'écarte point; prends un fidèle guide 3.: Si ma fille une fois ihet le pied dans l'Aulide, Elle est morte : Calcbas, qui l'attend en ces lieux. Fera taire nos pleurs, fera parler les dieux ;
1 Si l'on adopte la règle donnée par Racine le fils dans la note précédente, il faut dire ici : sa jeunesse, mon sang, n« sont pas ce que je plains.
* Agamemnon dit aussi dans Euripi(fe : « Hâte-toi, cours, oublie ta « vieillesse... Ne te repose point à l'ombre des bois, au bord des fon- « taines .; ne te laisse point séduire par la douceur du sommeil ; ob- « serve surtout les endroits où les chemins se croisent ; prends garde M que le char de ma fi'^le n'échappe à ta vigilance, et ne la conduise au « camp des Grecs... Hâte- toi donc de franchir l'enceinte du camp ; et '< si tu rencontres le cortège d'Iphigénie, prends toi-même les rênes des X chevaux, et fais-les retourner vers les murs bâtis par les Cyclopes. " (.\cte T, se. II.) (G.) Ces détails sont trop longs. Le temps est précieux, et Agamemnon le perd en discours inutiles. Racine a dit ce qu'il falloit dire, et Euripide a été ce qu'il est souvent, un peu prolixe.
8 II y a quelques négligences dans ces vers. Le mot reine y est répété deux fois ; prends cette lettre, prends un guide, quoique éloignés l'un de l'autre, nuisent à Vélégànce du style. On en peut dire autant de i?a, dis-je, ne va point, qui se trouvent quelques vers plus bas. Les répétitions ne sont permises qu'autant qu'elles produisent un effet agréable.