‹ Œuvres dramatiques, avec les notes de tous les commentateurs, publ. par m. Aimé-MartinChapitre 125 sur 397 · ACTE !, SCJENE !. îlft · texte numérisé non relu

ACTE !, SCJENE !. îlft

Et la religion, contre nous irritée, Par les timides Grecs sera seule écoutée ; Ceux même dont ma gloire aigrit Tambition RéTeilleront leur brigue el leur prétention, BTarracberont peut-être un pouvoir qui les blesse... Va, dis-je, sauve-la de ma propre foiblesse. Mais surtout ne va point, par un zèle indiscret. Découvrir à ses yeux mon funeste secret. Que, s'il se peut, ma fille, à jamais abusée. Ignore à quel péril je Pavois exposée * ; D'une mère en fureur épargne-moi les cris ; Et que ta voix s'accorde avec ce que j'écris. Pour renvoyer la fille, el la mère offensée'. Je leur écris qu'Achille a changé de pensée; Et qu'il y veut désormais jusques à sou retour Différer cet hymen que prqssoit son amour. Ajoute, tu le peux, que des froideurs d'Achille* On accuse en secret celte jeune Ériphile Que lui-même captive amena de Lesbos, Et qu'auprès de ma fille on garde dans Argos. C'est leur en dire assez : le reste, il le faut taire. Déjà 1è jour plus grand nous frappe et nous éclaire ; Déjà même Ton entre, et j'entends quelque bruit. C'est Achille. Va, pars. Dieux ! Ulysse le suit* !

1 Dans la pièce grecque, Agamemnon dit aossi : « La seule grâce , i< que je vous demande, ô Ménélas, c'est d'aller an camp, d'empêcher « que ce funeste secret ne parvienne aux oreilles de Clytemnestre avant >< que le fatal sacrifice ne soit consommé. Dans un si grand malheur, u vous m'aurez du moins épargné quelques larmes. (Au chœur.) VA u vous, 6 étrangères, gardez le plus profond silence sur ce que vous •• venez d'entendre. » ( Acte II, se. rv.) ( G.)

* Offensée, au singi^Iicr, est une licence commandée par la rime ; la grammaire veut qn^offensée se rapporte à la mère et à la fille. (G.^

S Voltaire, d'ailleurs enthousiaste des beautés de cette première scène, trouve cette petite précaution au-dessous de la dignité du roi des rois, et trop éloignée des mœurs des temps héroïques ; mais ce détail un peu froid étoit nécessaire pour fonder l'épisode d'Ériphile, sans lequel Racine convient lni-.^me qu'il n'auroit pu faire sa tragédie. (G.)

* Exclamation pleine de goût et d'art; elle Cfmfirme ce qn'Agarmemnon a déjà dit du caractère d'Ulysse, et prépare U situation em-

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