‹ Œuvres dramatiques, avec les notes de tous les commentateurs, publ. par m. Aimé-MartinChapitre 127 sur 397 · ACTE I, SCENE II · texte numérisé non relu

ACTE I, SCENE II

Tandis qu'à nos vaisseaux la mer toujours fermée Trouble toute la Grèce et consume Parmée; Tandis que, pour tléclnr Tinclémencc des dieux ^ Il faut du sang peut-être, et du plus précieux, Achille seul, Achille à son amour s'applique? Voudroit-il insulter à la crainte publique. Et que le chef des Grecs, irritant les destins. Préparât d'un hymen la pompe et les festins? Ah! seigneur, est-ce ainsi que votre ame attendrie Plaint le malheur des Grecs, et chérit la patrie ?

* L'inclémence des dieux, c'est Vinclemenlia divum des Latins, que . Racine a fait passer dans notre langue. ( L. B.) — On a reproché à Racine de n'avoir pas motivé la cause de la colère des dieux. Pourquoi l'oracle demande-t-il le sacrifice d'Iphigénie! Comment Agamemnon peut-il consentir à ce sacrifice 1 D'abord il n'est pas vrai que Racine ait été obligé de motiver ja colère des dieux. Rien n'est plus fréquent dans l'ancienne mythologie, que des oracles dont le motif n'est point expliqué. Les oracles n'étoient, le plus souvent, que les arrêts d'une fatalité invincible, de ce destin qui, selon les idées reçues dans l'antiquité pa^i'enne, commandoit aux dieux comme aux mortels. Kt comment, par exemple, justifier l'oracle qui condamnoit Œdipe à être le mari de sa mère et le meurtrier de son pèrel Œdipe est le plus honnête homme du monde, et cependant telle est sa destinée. De plus, le sacrifice d'une victime exigée pour le salut de tous n'est pas une chose rare, ni dans la Fable, ni même dans l'histoire. Le dévouement de Codrus, roi d'Athènes, fut la suite d'un oracle qui déclaroit que l'armée dont le chef périroit seroit victorieuse. II n'est donc point du tout extraordinaire que les dieux disent aux Grecs, par la bouche de Chalchas :

Pour obtenir les venta que le ciel tous dénie. Sacrifiez Iphigénie.

Et comme en écoutant la pièce nous devons nous mettre a la place des Grecs, nous ne devons pas plus qu'eux demander compte aux dieux de leurs volontés. Mais quand ces principes ne seraient pas aussi reconnus qu'ils le sont par tous ceux qui ont étudié l'antiquité, Racine n'en seroit pas plus répréhensible. En effet, dans le plan de Racine, ce n'est pas Iphigénie qui périt, c'est Ériphile ; et l'on doit avouer qu'elle mérite son sort. Donc, puisque ce n'est pas Iphigénie, fille d'Agamcmnon, qui est sacrifiée, il n'étoit nullement nécessaire, il eût même été très déraisonnable qu'Iphigénie ou Agamemnon eussent été coupables. (L.) .

20t^ IPHIGÉNIE.

ACHILLE

Dans les champs phrygiens les effets feiK)nl fui > Qui la chérit le plus ou d'Ulysse ou de moi : Jusque-là je vous laisse étaler votre zèle ; Vous pouvez à loisir faire des vœux pour elle. Remplissez les autels d'offrandes et de sang, Des victimes vous-même interrogez le flanc, Du silence de^ vents demandez-leur la cause ; Mais moi, qui de ce soin sur Calch & me repose, Souffrez, seigneur, souffrez que je coure hâter Un hymen dont les dieux ne sa uroient s'irriter. Transporté d'une ardeur qui ne peut être oisive, Je rejoindrai bientôt les Grecs sur cette rive; J'aurois trop de regret si quelque autre guerrier Au rivage troyen descendoit le premier.

AGAHEMNON.

O ciel î pourquoi faut-il que ta secrète envie Ferme à de tels héros le chemin de TAsie î

< Les Troyens sont nommés Phrygiens dans Euripide, et cependant la Troade n'étoit point la Phrygie ; car, dans le troisième livre de VHiadej Hélène, qui est à Troie, dit à Vénus : « Ne voulez-vous pas « me mener dans quelques villes de la Phrygie! » Mais, suivant la remarque du Scoliaste, les écrivains postérieurs à Homère confondirent la Troade et la Phrygie ; et cela suffit sans doute pour excuser Racine. D'autres passages de cette pièce pourroient donner lieu à de semblables observations ; nous en rassemblerons ici quelques unes, en remarquant que Racine étoit trop rempli de la lecture d'Homère pour ignorer les coutumes des Grecs, mais qu'il a eu de bonnes raisons toutes les fois qu'il ne s'y est pas asservi : ainsi il parle d'étendards, quoiqu'il n'y en eût point dans le camp d'Agamemnon; il fait mention de vaisseaux dont les poupes sont couronnées, quoique ce ne fût pas encore l'usage de mettre des couronnes aux poupes des vaisseaux. Ici il pouvoit s'appuyer des anciens, qui offrent souvent de pareils anachronismes ; de Sophocle, par exemple, qui, dans son Ajax, parle des trompettes de l'armée, quoiqu'elles ne f :;ssent point connues à l'époque du siège de Troie. Racine met encore le mot prêtre dans la bouche de Clytemnestre ; et Homère, cependant, qui met des prêtres à Troie, n'en met point dans l'armée des Grecs : les rois alors faisoient eux-mêmes les sacrifices, et Calchas n'étoit qu'un devin. Mais l'exemple des tragiques grecs étoit suffisant pour autoriser le poëte françois, puisque c'est un prêtre qui, dans Euripide, prend le glaive pour immoler Iphigénie. (L. R.)

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