II
210 IPUIGÉME.
Que dis-jo? les TroyeDS pleurent une autre Héiène Que vous avez captive envoyée à Mycène : Car, je n*en doute point, cette jeune beauté Garde en vain un secret que trahit sa lierté ; Et son silence même, accusant sa noblesse, Nous dit qu'elle nous cache une illustre princes-se.
ACHILLE
Non, non, tous ces détours sont trop ingénieux : Vous lisez de trop loin dans les secrets des dieux. Moi, je m'arrèterois à de vaines menaces ? Et je fuirois Thonneur qui m'attend sur vos traces? I^s Parques à ma mère, il est vrai, Tout prédit ',
• Ce morceau est d'un véritable héros, et d'une éloquence antique. Racine n'a pris dans Homère que l'idée de la prédiction des Parques et du choix qu'Achille peut faire d'une grande gloire ou d'une longue vie ; mais il doit à Quinte-Curce l'héroïsme des sentiments qui respire dans cette tirade. (G.) — Cet historien fait ainsi parler Alexandre : '< Ego me mctior, non œtatis spatio, sed gloriœ. Licuit patemis opibus « contento intra Macedonise terminos per otium corporis expectare X obscuram et ignobilem senectutem. Quanquam ne pigri quidem sibi « fata disponunt, sed unicum bonnm diuturnam vitam œstimantes .< sœpe acerba mors occupât. Yenim ego, qui non annos meos, sed »( victorias numéro, si munera fortunée bene computo, diu vixi.... Vi- « deorne vobis in excolenda gloria, cui me uni devovi, posse cessarct u Ego vero non deero, et ubicumque pugnabo, in theatro terrarum • orbis esse me credam. Dabo nobilitatem ignobilibus locis, aperiam » cunctis gentibus terras quas natura longe submovcrat. In his operi- '> bus extingui me, si fors ita feret, pulchrum est : ea stirpe sum geni- « tus, ut multam prius quam longam vitam debeam optare. » — u Que m'importe la longueur de ma vie! c'est par la gloire que j'en mesure l'étendue. Falloit-il, satisfait du royaume de mes pères, languir au sein de la Macédoine, et attendre dans le repos une vieillesse honteuse et obscure! Les lâches mêmes ne règlent pas leur destin, et quoiqu'une longue vie soit pour eux le plus grand des biens, souvent une mort prématurée vient les surprendre. Pour moi, je compte mes victoires et non mes années; si j'apprécie les faveurs delà fortune, j'ai longtemps vécu... Croyez-vous que je puisse m'arrêter dans la carrière de la gloire à laquelle je me suis consacré! Ah ! je ne lui manquerai pas ; et dans quelque lieu que je combatte, je me croirai toujours en présence de l'univers. Je donnerai de la célébrité aux pays les plus inconnus, et ic découvrirai à toutes les nations des contrées que la nature a cachées aux extrémités du monde. Si j'y trouve le terme de mes desti-