‹ Œuvres dramatiques, avec les notes de tous les commentateurs, publ. par m. Aimé-MartinChapitre 13 sur 397 · ACTE II, SCENE I · texte numérisé non relu

ACTE II, SCENE I

L'exemple en est commun; et, parmi les sultans.

Ce chemin à l'empire a conduit de tous temps.

Mais, pour mieux commencer, hâtons-nous Tun et Tautre

D'assurer à la fois mon bonheur et le vôtre.

Montrez à Tunivers, en m'attachant à vous.

Que, quand je .vous servois, je servois mon époux *;

Et, par le nœud sacré d'un heureux hyménée.

Justifiez la foi que je vous ai donnée.

Ah! que proposez-vous, madame?

ROXANE

lié quoi! seigneur!

Quel obstacle secret trouble notre bonheur?

Madame, ignorez-vous que l'orgueil de l'empire. . Que ne m'épargnez-vous la douleur de le dire ?

ROXANE

Oui, je sais que depuis qu'un de vos empereurs, Bajazet,. d'un barbare éprouvant les fureurs. Vit au char du vainqueur sou épouse enchaînée, Et par toute l'Asie à sa suite traînée, De l'honneur ottoman ses successeurs jaloux. Ont daigné rarement prendre le nom d'époux. Mais l'amour ne suit point ces lois imaginaires ; Et sans yous rapporter des exemples vulgaires, Soliman (vous savez qu'entre tous vos aïeux Dont l'univers a craint le bras victorieux.

de Racine. Entreprendre une carrière, c'est entreprendre de la parcourir. Mais nne carrière ne peut être m juste ni injuste, et c'est remploi de cette épithète qui rend le vers de Racine répréheusible.

1 La proposition est amenée et motivée aussi adroitement qu'elle peut l'être. Mais ce qu'il y a ici de plus remarquable, c'est que ce rôle de texane est le seul où l'ambition ne refroidisse pas l'amour, qu'ordinairement tout autre mélange refroidit ; c'est qu'ici l'intérêt de ces deux passions est le même, et qu'elles sont inséparables dans leur objet. Roxane ne peut épouser son amant qu'en le mettant sur le trône et en y montant avec lui. Le danger conmiun la justifie : c'est ane des plus heureuses combinaisons dont Racine ait été redevable à la nature du sujet, et gui rendent la conception de ce TlA<t À Vn%\çue. (L.)

Nul n'éleva si haut la grandeur ottomane),

ile Soliman jeta les yeux sur Roxelane.

Malgré tout son orgueil, ce monarque si fier,

A son trône, à son lit daigna Tassocier,

Sans qu'elle eût d'autres droits au rang d'impératrice.

Qu'un peu d'attraits peut-être, et beaucoup d'artifice K

Il est vrai. Mais aussi voyez ce que je puis.

Ce qu'étoit Soliman, et le peu que je suis.

Soliman jouissoit d'une pleine puissance :

L'Egypte ramenée à son obéissance ;

Rhodes, des Ottomans ce re(U)utable écueil,

De tous ses défenseurs devenu le cercueil ;

Du Danube asservi les rives désolées;

De l'empire persan les bornes reculées ;

Dans leurs climats brûlants les Africains domptés,

Faisoient taire les lois devant ses volontés.

Que suis-je? J'attends tout du peuple et de l'armée:

Mes malheurs font encor toute ma renommée.

Infortuné, proscrit, incertain de régner,

Dois-je irriter les cœurs au lieu de les gagner?

Témoins de nos plaisirs, plaindront-ils nos misères?

Croiront-ils mes périls et vos larmes sincères*?

Songez, sans me flatter du sort de Soliman,

Au meurtre tout récent du malheureux Osman ^ :

1 M. de Thou écrit que Roxelane se servit d'un prétexte de religion pour engager Soliman à l'épouser. On disoit aussi qu'elle l'avoit captivé par des philtres qu'une Juive lui avoit donnés. « Roxelaua... " ut majorem dignitatis gradum adipisceretur, a simulata religione << occasi.onem sumpsit.... philtris ab hebrœa saga.... subministratis. >• {Htstor.,\ih.lX.]{l,.B.)

« Ce vers a donné lieu k beaucoup de critiques. Sans doute des périls nie peuvent pas être sincères ; mais c'est un artifice de style, dont^ta^cine offre le premier exemple, de réunir deux mots par la même épithète, quand il se trouve dans le dernier un rapport exact, et dans l'autre une analogie d'idées suffisante : c'est ici le cas. Les périls •ont réels quand les larmes sont sincères : ainsi l'une fait ici supposer J 'autre, et la sincérité des larmes fait sous-entendre la réalité des dangers. (L.f ^ Osman II, étranglé par les janissaiies en \Çatt^ eX &Mcc««&«wt ^t

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