‹ Œuvres dramatiques, avec les notes de tous les commentateurs, publ. par m. Aimé-MartinChapitre 14 sur 397 · ACTE n, SCÈNE I. r · texte numérisé non relu

ACTE n, SCÈNE I. r

Dans leur rébellion, les chefs des janissaires, Cherchant à colorer leurs desseins sanguinaires, Se crurent à sa perte assez autorisés Par le fatal hymen que vous me proposez. Que vous dirai-je, enfin? Maître de leur suffrage. Peut-être avec le temps j^oserai davantage. Ne précipitons rien; et daignez commencer A me mettre en état de vous récom|)en8er.

BOIANE.

Je vous entends, seigneur. Je vois mon imprudence;

Je vois que rien n'échappe à votre prévoyance :

Vous avez pressenti jusqu'au moindre danger

Où mon amour trop prompt vous alloit engager.

Pour vous, pour votre honneur, vous en craignez les suites;

Et je le crois, seigneur, puisque vous me le dites.

Mais avez-vous prévu, si vous ne m*épousez.

Les périls plus certains où vous vous exposez?

Songez-vous que, sans moi, tout vous devient contraire?

Que c'est à moi surtout qu'il importe de plaire?

SoDgez-vous que je tiens les portes du palais S

Que je puis vous l'ouvrir ou fermer pour jamais ;

Que j'ai sur votre vie un empire suprême;

Que vous ne respirez qu'autant que je vous aime?

Et, sans ce même amour qu'ofTensent vos refus,

Songez-vous, eu un mot, que vous ue seriez plus?

Oui, je tiens tout de vous; et j'avois lieu de croire Que c'étoit pour vou»-même une assez gnnde gloire, En voyant devant moi tout l'empire à genoux, De m'entendre avouer que je tiens tout de vous. Je ne m'en défends point; ma bouche le confesse. Et mon respect saura le confirmer sans cesse : Je vous dois tout mon sang; ma vie est votre bien. Mais enfin voulez- vous...

Mustapha II, frère d'Achmet 1er, pire d'Osman, et mort en 1617.

(L. B.) 1 Je tiens les portes, pour dire je suis maîtresse des portes est une façon de parler énergique et précise ; Roxane exprime a.\T»\ «v^^^ «X mattrease de la liberté de Bsjazet.

ROXANE

Non, je ne veux plus rien.

Ne m'importune plus de les raisons forcées : Je vois combien tes vœux sont loin de mes pensées. Je ne te presse plus, ingrat, d'y consentir : Rentre dans le néant dont je t'ai fait sortir. Car enfin qui m'arrête? et quelle autre assurance Demanderois-je encor de son indifférence ? L'ingrat est-il touché de mes empressements? ' L'amour même entre-t-il dans ses raisonnements ? Ah ! je vois tes desseins. Tu crois, quoi que je fasse, . Que mes propres périls t'assurent de ta grâce; Qu'engagée avoc toi par de si forts liens. Je ne puis séparer tes intérêts des miens. Mais je m'assure encore aux bontés de ton frère * ; Il m'aime, tu le sais; et, malgré sa colère. Dans ton perfide sang je puis tout expier, Et ta mort suffira pour me justifier.

N'en doute point, j'y cours; et, dès ce moment même... Bajazet, écoutez; je sens que je vous aime : Vous vous perdez. Gardez de me laisser sortir : ^ Le chemin est encore ouvert au repentir. Ne désespérez point une amante en furie. S'il m'échappoil un mot, c'est fait de votre vie *.

I On dit je m'assure dans vos bontés, et je me fie a vos bontés. Suivant l'Académie, s'assurer dans ou en est la Seule locution correcte. L'autre locution est. purement latine, et Racine a tenté de la faire passer dans notre langue, pour donner, dans certains cas, plus 'de rapidité à la pensée. On peut en juger en comparant les cas où il s'est servi de l'une et de l'autre préposition. Il dit ici :

Mais je m'assure encore aux bontés de ton frère. Et dans Athalie, acte III, se. vu :

Ils ne m'assurent point en leur propre mérite.

II est malheureux que l'usage n'ait pas adopté ce latinisme.

â Suivant la grammaire, ces 'deux verbes devroient être au même temps, puisque l'action que chacun exprime doit se passer au même moment ; l'une dépend de l'autre : dès que le mot échappe à Roxane, Btyazet expire. Sans doute il eût été facile à Racine de mettre :

S'il m'échappe an seul mot, c'ett favlde ^oVift m*,

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