‹ Œuvres dramatiques, avec les notes de tous les commentateurs, publ. par m. Aimé-MartinChapitre 136 sur 397 · ACTE I, SCÈNE V · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE V

ULYSSE

Je suis père, seigneur; et foible comme un autre S Mon cœur se met sans peine en la place du vôtre *; Et frémissant du coup qui vous fait soupirer, Loin de blâmer vos pleurs, je suis près de pleurer. Mais votre amour n'a plus d'excuse légitime ; Les dieux ont à Calcbas amené leur victime : Il le sait, il Tattend; et s'il la voit tarder. Lui-même à baute voix viendra la demander. Nous sommes seuls encor : bâtez-vous de répalidre

" quel œil pourrai-je la regarder! sa présence ici met le comble à mes •< maux. Elle arrive sans être mandée. Mais ne devoit-elle pas natu- ■< relleiÀent accompagner sa fille, pour la remettre à son époux, pour « remplir auprès d'elle l'office d'une tendre mèrel Hélas I elle vient

• pour être témoin de ma perfidie ( Et ma fille, ma malheureuse fille, " c'est donc au dieu des enfers que je vais la donner pour épouse I Que •< je la plains ! je crois entendre ses reproches : « Ah I père barbare, la " mort est donc Thymen que vous me destinez! Puissiez vous en célé- >< brer un pareil, vous et vos amis ! » Mon fils au berceau va déchirer

« mon ame par ses cris. Je verrai cet enfant pleurer un malheur qu'il •< ne peut ni connottre ni sentir encore. Maudit soit Paris ! maudit " soit ce fils de Priam, ce ravisseur d'Hélène, auteur de tous mes « maux! » (G.)

1 Rien n'égale l'éloquence de ce discours d'Ulysse ; c'est un des plus beaux morceaux d'une tragédie où les beautés fourmillent. Le caractère d'Ulysse s'ennoblit ici, et devient presque intéressant. Ce rôle, quoique fort court, est un de ceux qui font le plus admirer l'art et le goût de Racine. Il n'étoit pas possible au poète d'introduire Ménélas, quoique bien plus intéressé à l'action. Le mari d'Hélène ne pouvoit être que ridicule dans nos mœurs. D'ailleurs, un autre inconvénient pour nous c'est qu'un honune qui, pour recouvrer sa femme, veut forcer son frère à faire périr sa fille, est odieux et méprisable. Euripide lui-même l'a senti : car Ménélas, touché de la douleur de son frère, dépouille tout l'intérêt qu'il pouvoit prendre à ce sacrifice, et ne reparolt plus ; ce qui est contraire aux règles de l'art, qui ne permettent pas qu'on montre au commencement d'une pièce un personnage qu'on ne revoit plus dans la suite. Ulysse est mieux lié à l'action que Ménélas, quoiqu'il n'y prenne pas autant d'intérêt : après avoir paru dans les premières scènes, il est censé agir dans tout le cours de la pièce, et revient au dernier acte faire le récit du sacrifice. (G.)

î Nous avons déjà observé, au commencement de cet acte, que, du temps de Racine, on employoit encore la préposition en au lieu des propositions à et dans.

218 IPHIGENIE.

Des pleurs que vous arrache ud intérêt si tendre ; Pleurez ce sang, pleurez ; ou plutôt, sans pâlir, Considérez Tbonneur qui doit en rejaillir : Voyez tout THellespont blanchissant sous nos rames, Et la perfide Troie abandonnée aux flammes, Ses peuples dans vos fers, Priam à vos genoux, . Hélène par vos mains rendue à son époux ; Voyez de vos vaisseaux les poupes couronnées Dans cette même Aulide avec vous retournées, Et ce triomphe heureux qui s'en va devenir L'éternel entretien des siècles à venir.

AGAHEMNON.

Seigneur, de mes efforts je connais Timpuissance : Je cède, et laisse aux dieux opprimer Tinnocence. La victime bientôt marchera sur vos pas. Allez. Mais cependant faites taire Calchas : Et, m'aidant à cacher ce funeste mystère, Laissez-uioi de Tautel écarter une mère.

PtN DU PREMIER ACTF.

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