ACTE III , SCENE VII. £fô
Surpris, n*eA doutez point, de mon retardement, Lui-même il me viendra chercher dans un moment : Il entendra gémir une mère oppressée ; Et que ne pourra point m'inspirer la pensée De prévenir les pleurs que vous verseriez tous, D'arrêter vos transports, et de vivre pour vous?
ACHILLE
Enfin, vous le voulez : il faut donc vous complaire. Donnez-lui Tune et Tautre un conseil salutaire > : Rappelez sa raison, persuadez-le bien, Pour vous, pour mon repos, et surtout pour le sien. Je perds trop de moments en des discours frivoles*; Il faut des actions, et non pas des paroles.
(i Clytemnestre.)
Madame, à vous servir je vais tout disposer : Dans votre appartement allez vous reposer. Votre tille vivra, je puis vous le prédire. Croyez du moins, croyez que, tant que je respire, Les dieux auront en vain ordonne son trépas :
i Achille. - Il faut d'abord essayer d'attendrir le père d'Iphigénie, efde le ramener à de meilleurs sentiments.
Clytbmnestre. — Lui ! C'est un lâche : il craint trop l'armée.
ACHILLE. — Mais on peut lui opposer des raisons qui détruisent len siennes et le fassent changer d'avis.
Clytebinestre. — Je n'ai qu'une espérance bien foible : dites-moi cependant ce qu'il faut faire.
Achille. — Jetez-vous à ses pieds , mettez tout en œuvre pour l'émouvoir : réveillez la tendresse paternelle. S'il reste inflexible, alors venez à moi ; mais s'il se rend à vos prières, s'il se laisse toucher par votre douleur, mon secours vous est inutile, et vous êtes sauvée. Je retrouve un ami dans Agamenmon ; et l'armée n'a point à me reprocher d'avoir employé la violence où la persuasion suiilsoit. Il sera doux pour vous et pour vos amis de n'avoir pas eu besoin d'un autre défenseur que vous-même.
Clytehnestre. — Que de sagesse dans vos conseils! c'est mon devoir de les suivre ; mais si Agamemnon reste inflexible, où pourrai-je vous trouver ! malheureuse , où me faudra-t- il chercher votre main secourableî (ActeIV, sç. iir.) (G.)
î Ce vers condamne l'Achille d'Euripide, qui perd un temps très long à assurer Clytemncstrc qu'il sera son dieu tutélaire, que sa fille ne mourra point, et que son honneur l'oblige à la défendre. (L. R.)
256 IPHI6ËNIE.
Cet oracle est plus sûr que celui de Galchas*. * .
1 Je ne sais pas si Euripide, qui a excellé dans le pathétique, étott de force à peindre un pareil personnage : ce qui est certain,..c*est qn'il a laissé cette gloire à Homère et à Racine ; c'est que celui qui dit : « Allez vous jeter aux pieds d'Âgamemnon, et, si vous n'obtenez rien, venez me retrouver, n et qui finira par dire à Iphigénie, résolue de mourir : « Si vous changez de résolution, je serai auprès de l'autel pour vous défendre, » joue un rôle qui n'est ni théâtral ni poétique ; maïs que celui qui dit à Clytemnestre :
Votre fille rivra, je puis vous le prédire. Croyci du moins, croyez que, tant que je respire, Les dieux auront en vain ordonné son trépas, etc.,
est l'Achille de la tragédie et de l'épopée. (L.)