‹ Œuvres dramatiques, avec les notes de tous les commentateurs, publ. par m. Aimé-MartinChapitre 168 sur 397 · ACTE IV, SCENE I · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCENE I

Achille menaçant, tout prêt^ Paccabler * ? Non, te dis-je, les dieux Font en vain condamnée : Je suis et je serai la seule infortunée. Ah ! si je m'en croyois...

DORIS

Quoi! Que méditez-vous?

ÉRIPHILB.

Je ne sais qui m'arrête et retient mon courroux, Que, par im prompt avis de tout ce qui se passe -, Je ne coure des dieux divulguer la menace, Et publier partout les complots criminels Qu'on fait ici conti-e eux et contre leurs autels.

DORIS

Ah ! quel dessein, madame !

ERIPHILE.

Ah ! Doris î quelle joie -^ î • Que d'encens brûleroit dans le temple de Troie, Si, troublant tous les Grecs, et vengeant ma prison, Je pouvois contre Achille armer Agamemnon ; Si leur haine, de Troie oubliant la querelle^

1 L'accabler se rapporte à Agamemnon : la grammaire veut qu'il se rapporte aa sang. Le pronom est trop éloigné du nom. (G.) — Quant au vers précédent, on ne sauroit dire que le sang s'ébranle. Ébranler n'est pas ici le synonyme dVmouvotr, qui étoit le mot propre. (L.)

t C'est la phrase si commune,ye ne sais qui me tient que Je ne fasse telle chose, phrase elliptique, où l'on sous-entend et empêche que, etc. C'est un gallicisme très favorable à la rapidité du style. Racine est celui de tous nos poètes qui a fait entrer dans le style noble le plus de ces tournures familières qu'il sait ennoblir pour la poésie, et qui donnent à la sienne tant de vérité. C'est un art très particulier, et beaucoup plus rare qu'on ne pense, très essentiel à la poésie dramatique, où l'auteur, forcé de faire parler le personnage en vers, doit pourtant le ramener, le plus qu'il est possible, au langage naturel, sans nuire au langage de convention. Mais combien peu d'écrivains y ont réfléchi I Combien peu même se doutent de tous ces secrets de l'art! (L.)

S Dans cette scène entre Ériphile et sa confidente, ce qui lie au sujet le personnage épisodique, c'est la crainte que cette rivale jalouse ne révèle à l'armée l'oracle de Calchas : elle dévient utile à l'action, en augmentant le danger d'Iphigénie. Tout le rôle d'Eriphile est en général véhément, passionné, théâtral; il fait mieux xeasotVVt \^ às\iSi«s«.,\^ tendresse délicate dTphigénie. (O.) ^

Tournoit contre eux le fer qu'ils aiguisent contre elle. Et si de tout le camp mes avis dangereux Faisoient à ma patrie un sacrifice beureux !

DORIS

J'entends du bruit. On vient : Clytemnestre s'avance. Remettez-vous, madame, ou fuyez sa présence.

ÉRIPHILE

Rentrons. Et pour troubler un bymen odieux, Consultons des fureurs qu'autorisent les dieux ^ .

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