SCÈNE IV
AGWIEMNON, CLYTEMNESTRÊ, IPHIGÉNIE, ^GINE.
CLYTEMNESTRE
Venez, venez, ma fille : on n'attend plus que vous ^ ;
Venez remercier un père qui vous aime,
Et qui veut à Tautel vous conduire lui-même 2.
AGAMEMNON
Que vois-je! Quel discours! Ma fille, vous pleurez,
en scène, que tout y marche de perfections en perfections, la grande scène entre Agamemnon, Clytemnestre et Iphigénie, est encore supérieure à tout ce que nous avons vu. Rien ne fait jamais au théâtre un plus grand effet que des personnages qui renferment d'abord leur douleur dans le fond de leur ame, et qui laissent ensuite éclater tous les sentiments qui les déchirent. (Volt.)
1 Cette magnifique scène a essuyé la critique de La Motte. Suivant cet écrivain, ce n'est que dans les délibérations et les conseils que les discours peuvent être' continus ; partout ailleurs il faut des interruptions fréquentes : a Iphigénie et Clytemnestre disent ici tout ce qu'elles « ont à dire sans être interrompues ; et il n'est pas naturel qu'au mi- '' lieu d'intérêts si violents, des personnages se donnent le loisir de •« se haranguer réciproquement. Attendre que quelqu'un ait tout dit, " pour lui répondre ensuite avec ordre, n'est pas le caractère de la > •< passion. » L'auteur, qui connoissoit mieux les passions que La Motte, a voulu peindre dans cette scène un homme qui veut paroître, devant sa femme et sa fille, agir sans passion, et par obéissance aux dieux.' 11 ne répond rien à sa fenmie ; ainsi il n'y a point de plaidoyer entre eux : s'il répond à sa fille, ce n'est que pour l'exhorter à l'obéissance et l'encourager. Si dans cette scène les personnages s'interrompoient, ce seroit une querelle entre un père, sa fille et sa femme. Il n'y auroit aucune dignité; et elle est observée lorsqu'un roi donne à son épouse et à sa fille le temps de lui dire tout ce qu'elles ont à lui dire, et les écoute tranquillement. (L. R.)
s Ironie amère extrêmement théâtrale, parcequ'elle porte le trouble dans le cœur d'Agamemnon, et lui apprend que ses desseins sont découverts. Ce malheureux roi, surpris comme dans un piège entre sa femme et sa allé, se trouve dans la situation la plus tragique. (G.)