SCENE V
AGAMEMNON
A de moindres fureurs je n'ai pas dû m'attendre.
Voila, voilà les cris que je craignois d'entendre.
Heureux si, dans le trouble où flottent mes esprits,
Je n'avois toutefois à craindre que ses cris !
Hélas! en mMmposant une loi si sévère,
(irands dieux, me deviez-vous laisser un cœur do père 3?
1 Dans Euripide, Clytemnestre menace son mari, par deux fois, du terrible exemple qu'il donne contre lui-même, et lui fait entendre clairement qu'on pourra le traiter comme il a traité sa fille. Racine, qui a profité habilement de tout ce qui étoit bon à prendre dans son original, mais qui ne doit qu'à lui-même tous les traits les plus sublimes du sentiment maternel exalté par le désespoir, Racine ^avoit trop de jugement pour commettre la même faute qu'Euripide. Quelle maladresse, dans le moment où cette femme est si intéressante comme mère, de faire souvenir le spectateur qu'elle sera un monstre comme épouse! (L.)
s Les comédiens se donnent la liberté de supprimer ces deux-vers : l'actrice qui joue le rôle de ('lytemnestre trouve qu'ils refroidissent sa sortie. Je crois qu'une pareille licence ne doit pas être permise. (G.) — Racine le fils a remarqué avec raison que la déclamation de tout ce morceau est l'écueil des plus habiles.
3 Vers heureux et touchant, absolument dans la manière et dans le goût particulier à Racine. Il justifie Âgamemnon, et met à la place d'un roi barbare , à qui l'ambition fait oublier la nature, un père malheureux et digne de pitié. (G.)