ACTE IV, SCÈNE VI
Je défendrai mes droits fondés sur vos serments. Et n'est-ce pas pour moi que vous Tavez mandée ?
AGAMEMNON. '
Plaignez-vous donc aux dieux qui me l'ont demandée : Accusez et Calchas et le camp tout entier, Ulysse, Ménélas, et vous tout le premier.
ACHILLE
Moi!
AGAMEMNON
Vous, qui, de PAsie embrassant la conquête, Querellez tous les jours le ciel, qui vous arrête; Vous, qui, vous offensant de mes justes terreurs, Avez dans tout le camp répandu vos fureurs. Mon cœur pour la sauver vous ouvroit une voie ; Mais vous ne demandez, vous ne cherchez que Troie. Je vous fermois le champ où vous voulez courir : Vous le voulez, partez; sa mort va vous l'ouvrir.
ACHILLE
Juste ciel! puis-je entendre et souffrir ce langage? Est-ce ainsi qu'au paijure on ajoute l'outrage ? Moi, je voulois partir aux dépens de ses jours? Et que m'a fait à moi cett« Troie où je cours * ?
1 Ce morceau est imité d'Homère, qui fait ainsi parler Achille, au premier livre de V Iliade : u Je n'ai point porté la guerre en ces lieux •< pour me venger des Troyens ; ils ne sont coupables envers moi d'au- >< cune offense ; jamais ils n'ont enlevé mes génisses, mes chevaux ; « jamais ils n'ont ravagé les riches moissons qui couvrent les champs u fertiles de Phthie. Trop de mers nous séparent, trop de montagnes " élevait enire nous, comme autant de barrières, leurs cimes couvertes u de forêts. Cest pour ton intérêt , ô le plus impudent de tous les M hommes, que je t'ai suivi dans cette expédition ; c'est pour l'honneur M de ton frère Ménélas et poui^ le tien, monarque insolent, que je suis u venu ici combattre les Troyens,' qui ne te craignent guère, et que tu « t'embarrasses fort peu de vaincre. » On remarque dans ce passage des traits précieux de la simplicité des mœurs antiques. La guerre consistoit alors à enlever des troupeaux, à faire des dégâts sur les terres de l'ennemi. Achille ne dit point que les Troyens n'ont point fait d'incursion dans ses Etats parceqa'ils redoutoient sa valeur : un moderne n'y auroit pas manqué. Il dit tout naturellement que si les Troyens ne sont pas venus l'attaquer, c'est qu'il y avdit trop de montagnes à franchir, trop de mers à traverser. |Q.)