II
Au pied do ses rcmparls quel intérêt m'appelle?
Pour qui, sourd à la voix d'une mère immortelle,
Et d'un père éperdu négligeant les avis,
Vais-je y chercher la mort tant prédite à leur fils?
Jamais vaisseaux partis des rives du Scamandre
Aux champs thessaliens osèrent-ils descendre?
Et jamais dans Larisse un lâche ravisseur
Me vint-il enlever ou ma femme ou ma sœur?
Qu'ai-je à me plaindre? Où sont les pertes que j'ai failes?
Je n'y vais que pour vous, barbare que vous êtes ;
Pour vous, à qui des Grecs moi seul je ne dois rien;
Vous, que j'ai fait nommer et leur chef et le mien;
Vous, que mon bras vengeoit dans Lesbos enUammée,
Avant que vous eussiez assemblé votre armée.
Et quel fut le dessein qui nous assembla tous?
Ne courons-nous pas rendre Hélène à son époux ^ ?
Depuis quand pense-t-on qu'inutile à moi-môme.
Je me laisse ravir une épouse que j'aime?
Seul, d'un honteux affront votre frère blessé
A-t-il droit de venger son amour offensé? ,
Votre fille me plut, je prétendis lui plaire;
Elle est de mes serments seule dépositaire :
Content de son hymen, vaisseaux, armes, soldais,
Ma foi lui promit tout, et rien à Ménélas.
Qu'il poursuive, s'il veut, sou épouse enlevée;
Qu'il cherche une victoire à mon sang réservée :
Je ne connais Pnam, Hélène, ni Paris;
1 Achille dit de même, au neuvième livre de V Iliade : t% Et ])our- « quoi les Grecs font-ils la guerre aux Troyens? Pourquoi Jo fils i« d'Atrée a-t-il conduit une armée en ces lieux! N'est-ce pas pour « rendre Hélène à son époux 1 Eh bien! les Atrides sont-ils les seuls «< des mortels qui chérissent leurs femmes.! »♦ Virgile, au neuvième livre de V Enéide, fait aussi dire à Tiîrnus, au sujet de Lavinie, qu'Enée lui enlève :
« Ncp solos tangit Atridas « Isfe dolor. »
« Les Atrides ne sont pas seuls sensibles à cet outrage. •> M. tic J.a Harpe pense avec raison qu'ici Virgile et Racine lui-même sont fort an-àessous d'Homère ; mais il ajoute que c'est la seule fois que Rucine ait ce désavantage. ( G.)