‹ Œuvres dramatiques, avec les notes de tous les commentateurs, publ. par m. Aimé-MartinChapitre 19 sur 397 · SCÈNE V · texte numérisé non relu

SCÈNE V

BAJAZËT, ATAUDE.

Ué bien! c'est maintenant qu'il faut que je vous laisse. Le ciel punit ma feinte, et confond votre adresse; Rien ne m*a pu parer contre ses derniers coups : Il falloit ou mourir, ou n'être plus à vous. De quoi nous a servi cette indigne contrainte? Je meurs plus tard : voilà tout le fruit de ma feinte. Je vous Pavois prédit : mais vous l'avez voulu ; Tai reculé vos pleors autant que je l'ai pu <.

1 Vers admirablement placé pour faire renaître an rayon d'espérance. (G.)

S Oh ne peut ni recaler ni avancer des pleurs On sent bien qae ridée de Taatear est rai reculé le moment de vos pleurs; mais ce

Belle Atalidc, au uom de cette complaisance, Daignez de la sultane éviter la présence : Vos pleurs vous trahiroieut; cachez-les à ses yeux, Et ne prolongez point (je dangereux adieux.

ATALIDE

Non, seigneur. Vos bontés pour une infortunée Ont assez disputé contre la destinée.

Il vous en coûte trop pour vouloir m'épargner : Il faut vous rendre; il faut me quitter, et régner.

Vous quitter?

ATALIDE

Je le veux. Je me suis consultée.

De mille soins jaloux jusqu'alors agitée, Il est vrai, je n'ai pu concevoir sans efl'roi Que Bajazet pût vivre et n'être plus à moi ; Et, lorsque quelquefois de ma rivale heureuse Je me représentois l'image douloureuse, Votre mort ( pardonnez aux fureurs des amants ) Ne me paraissoit pas le plus grand des tourments ^ Mais à mes tristes yeux votre mort préparée Dans toute son horreur ne s'éioit pas montrée : Je ne vous voyois pas, ainsi que je vous vois. Prêt à me dire adieu pour la dernière fois. Seigneur, je sais trop bien avec quelle constance Vous allez de la mort affronter la présence. Je sais que votre cœur se fait quelques plaisirs -

n'est pas là le cas de Tellipse, parcequ'il n'y a aucun rapport entre le propre et le figuré. (L.)

1 Ces vers non-seulement ont le mérite de la vérité et de l'élégance, mais sont encore parfaitement adaptés à la situation. Le charme de ce style est encore ici d'autant plus senti qu'Atalide fait ce qu'elle dçh faire, et dit ce qu'elle doit dire. Mais, quoique l'auteur se soutienne dans la fin de cet acte à force de talent, voyez cependant comme tout languit, depuis cette première scène, terminée d'une manière si tragique, et comme le ton général a baissé, parcequc Bajazet n'a pas eu celui qu'il devoit avoir. (L.) * Que/çues plaisirs au pluriel n'est iù exact ni élégant. Il ne s'agit ici que d'un seul pJaisir, de celui de prouver sa lo\. \\ \^\\o\\. ^^itvc absolument le singulier.

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