ACTE II, SCÈNE V. 4t
De me prouver sa foi dans ses derniers soapirs : Mais, hélas! épargnez une ame plus timide; Mesurez vos maiheui^ aux fort-es d'Atalide ; Et ne m'exposez point aux plus \ives douleurs Qui jamais d'une amante épuisèrent les pleurs!
Et que deviendrez-vous, si, dès cette journ«'*e. Je célèbre à vos yeux ce funeste hymémHî?
• ATALIDE
Ne vous informez point ce que je deviendrai *.
Peut-être à mon destin, seigneur, j'oiîéirai.
Que sais~je ? A ma douleur je chercherai des charmes •.
Je songerai peut-être, au milieu de mes larmes.
Qu'à vous perdre pour moi vous étiez n'»solu;
Que vous vivez; qu'enfin c'est moi qui l'ai voulu.
Non, vous ne verrez point cette fête cruelle.
Plus vous me commandez de vous être infidèle.
Madame, plus Je vois combien vous méritez
De ne point obtenir ce que vous souhaitez.
Quoi ! cet amour si tendre, et né dans notre enfance,
Dont les feux avec nous ont crû dans le silence;
Vos larmes, que ma main pouvoit seule arrêter;
Mes serments redoublés de ne vous point quitter :
Tout cela (iniroit par une perfidie?
J'épouserois, et qui? (s'il faut que je le die •
Une esclave attachée à ses seuls intérêts.
Qui présente à mes yeux des supplices tout prêts.
Qui m'offre, ou son hymen, ou la mort infaillible » ;
1 II faudrait ne vous informez point de ce que Je deviendrai; «t pourquoi le faudroit-ill parceque aucun verbe ne peut avoir deux régimes simples, ou deux accusatifs, comme on parleroit en latin : N» vous informez point ce^ c'est-à-dire la chose que je deviendrai. Alors cou* et ce sont deux régimes simples, ce qui est contraire au princip*'. Il eût été facile de mettre Jieme demandez point, etc. (D'O.-
* La Harpe observe qu'en prose on diroit chercher des soulagemenlts, des consolations; mais, en poésie, chercher des charmes f»t bien çlus heorenx. IVaiMen/», il y a aoaiogie avec cette expiesBioti é\t^MA«. «v jvçae, cAarmer les douleurs.
* Oa ne peut'poiot dire elle m'ojfre la nwrl m/ailltble, ip«itcc*\>wi \^
Tandis qu'à mes périls AtaLide sensible,
Et trop digne du sang qui lui donna le jour,
Veut me sacrifier jusques à son amour.
Ah ! qu'au jaloux sultan ma tête soit portée,
Puisqu'il faut à ce prix qu'elle soit rachetée!
ATALmS.
Seigneur, vous pourriez vivre, et ne me point trahir.
Parlez : si je le puis, je suis prêt d'obéir.
ATAUDE-
La sultane vous aime ; et, malgré sa colère. Si vous preniez, seigneur, plus de soin de lui plaire ; Si vos soupirs daignoient lui faire pressentir Qu'un jour...
Je vous entends : je n'y puis consentir. Ne vous figurez point que dans cette journée. D'un lâche désespoir ma vertu constejrnée * Craigne les soins d'un trône où je pourrois monter. Et par un prompt trépas cherche à les éviter. J'écoute trop peut-être une imprudente audace ; Mais, sans cesse occupé des grands noms de ma race, J'espérois que, fuyant un indigne repos, Je prendrois quelque place entre tant de héros. Mais, quelque ambition, quelque amour qui me brûle. Je ne puis plus tromper une amante crédule. En vain, pour me sauver, je vous l'aurois promis : Et ma bouche et mes yeux, du mensonge ennemis, Peut-être, dans le temps que je voudrois lui plaire,
mort, prise dans un sens absolu, est toujours infaillible; mais la phrase eût été correcte si Racine eût dit : elle m'offre une mort infaillible, c'estr-à-dire un genre de %iort auquel on ne peut échapper. L'article indéfini une donne un sens vague au mot mort^ ce qui permet de lé modifier par une épithète. Il y a donc ici une incorrection de langage.
1 Racine le fils condamne cette expression, consternée d'un lâche
désespoir. M. de La îlarpe observe que l'on peut être consterné du
ffesespoir de quelqu'un, et non pas de son propre désespoir. Il est cer-
tain que l'usage n'admet point cette façon dei^«ît\ex. 3«T)!o^TQiv&«k'^>^-
rer qu'elle doive être exclue de la poésie. ^G.\