‹ Œuvres dramatiques, avec les notes de tous les commentateurs, publ. par m. Aimé-MartinChapitre 206 sur 397 · ACTE I , SCENE m. r · texte numérisé non relu

ACTE I , SCENE m. r

OEKONE.

Dieux tout-puissaDts, que nos pleun ?oiu apaisent !

PHÈDRE

Que ces vains ornements, que ces voiles me pèteat* ! Quelle importune main, en formant tous ces noeuds, A pris soin sur mon front d'assembler mes chereux? Tout m*afiBige et me nuit, et conspire à me nuire.

QENONE.

Comme on voit tous ses vœux l'un l'autre se détruire! Vous-même, condamnant vos injustes dessein^. Tantôt à vous pai-er vous excitiez nos mains; Vou»-méme, rjppelaut votre force première, Vous vouliez vous montrer et revoir la lumière. Vous la voyez, madame; et, prête à vous cacher. Vous haïssez le jour que vous veniez chercher?

PHÈDRE

Noble et brillant auteur d'une triste famille. Toi, dont ma mère osoit se vanter d'être fille. Qui peut-être rougis du trouble où tu me vois, Soleil, Je te viens voir pour là dernière fois!

Quoi! vous ne perdez point celte cruelle envie? Vous verrai-Je toujours, renonçmt à la vie. Faire de votre mort les funestes apprêts?

PHÈDRE

Dieux! que ne suis-je assise à l'ombre des forêts *!

1 J)ts voiles qui pèsent I Quelle vérité d'idée dans cette espèce de contie-rérité d'expression 1 Cette singulière espèce de beauté n'est qu'indiquée dans le grec, qui dit seulement : Je souffre avec peine le voUe qui couvre ma tête : noais Denys d'fialicamasse remarque une intention imitativc dans le commencement du vers grec, conmie il y en a une dans les dernières syllabes du vers françois. I« vers grec commence par une sorte de pied composé de deux brèves et d^une longue (l'anapeste), en sorte que le vers semble tomber à la troisième syllabe, comme la tête de Phèdre. Voilà de ces finesses de diction et d'harmonie qui doivent souvent échapper aux modernes dans les écrits des anciens. (L.)

* Nouvel exemple de cette préoccupation dont Racine a le premier su tirer des effets admirables. Tous les commentateurs ont dit que cette scène étoit imitée d'Euripide ; mais Euripide est loQg, et Racine?

r>12 PHEDRE.

Quand pourrai-je, au travers d'une noble poussière, Suivre de Toeil un char fuyant dans la carrière ^ ?

ŒNOXE.

Quoi, madame?

PHÈDRE

Insensée! où suis-je? et qu'ai-je dit?

Où laissé-je égarer mes vœux et mon esprit? Je i'ai perdu : les dieux m'en ont ravi Tusage. OEnone, la rougeur me couvre le visage : Je te laisse trop voir mes honteuses douleurs; Et mes yeux, malgré moi , se remplissent de pleurs *.

est précis. Imiter ainsi, c'est créer. Phèdre, dans le désordre de ses idées, ne répond point à Œnone, elle ne voit qu'Hippôlyte ; elle s'occupe de ses amusements favoris, dont Théramène vient de parler'; et Ton sent que sur le cliar qtii fuit dans la carrière, elle place secrètement l'objet qu'elle aime. C'est ainsi que, sans avoir à rougir de l'aven qui lui échappe, elle instruit Œnone de son secret. Cela peut bienjêtre un effet de l'art inouï de l'auteur ; mais c'est un art caché , ou plutôt c'est l'expression même de la nature. En un mot, cette scène i^ous paroît si admirable, qu'un commentateur doit renoncer à toute espérance de pouvoir la louer dignement.

1 Le passage suivant , de VHippoltjte d'Euripide , a certaincynent inspiré Racine; mais Euripide est toujours long, et Racine toujours précis.

Phèdre. — O dieux ! que ne puis-je me désaltérer dans l'eau pure d'une claire fontaine 1 que ne suis-je étendue à l'ombre des peupliers d'une verte prairie !

La nourrice. — Que dites-vous, ma fille! Ne parlez pas ainsi devant un si grand nombre de témoins : vos discours feroient croire que votre raison est égarée.

Phèdre. — Oh , conduisez-moi sur la montagne ! Je veux aller dans les forêts de pins, où les chiens poursuivent avec ardeur les animaux sauvages, et s'élancent sur les traces du cerf; je veux les animer de la voix, et'lancer le dard thessalien.

L\ NOURRICE. — Hé, de quoi vous occupez-vous donc, ô ma fille! Laissez là la chasse et les chasseurs. {Hippoli/te, acte II, se. il.) (G.)

2 Imitation d'Euripide :

Phèdre. — Qu'ai-je fait, malheureuse! où mes sens se sont-ils

égarés! Hélas ! j'ai perdu la raison : un dieu cruel m'en a ravi l'usage 1

O infortunée 1 Chère nourrice, rends-moi mon voile , couvre-moi la

téie : je rougis des discours insensés qui me sont échappés. Cache-

moi : les larmes inondent mon visage, c\.\a\ioTv\,ftTcCe,TwçfetYv^^%\«H«

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