ACTE I, scÉi^E III. r»ir
■ QENONE.
Ah ! s*il TOUS faut rougir, rougissez d'un silence Qui de vos maux encore aigrit la violence. Rebelle à tous nos soins, sourde à tous nos discours. Voulez-vous, sans pitié, laisser finir vos jours? Quelle fureur les borne au miKeu de leur course? Quel charme ou quel poison en a tari la source? I^s ombres par (rois fois ont obscurci les deux ilepuis que le sommeil n'est entré dans vos yeux : Et le jour a trois fois chassé la nuit obscure Depuis que votre corps languit sans nourriture. A quel affreux dessein vous laissez-vous tenter > ? De quel droit sur vous-même osez-vous attenter ? Vous offensez les dieux auteurs de votre vie; Vous trahissez Tépoux à qui la foi vous lie ; Vous trahissez enfin vos enfants malheureux, Que vous précipitez sous un joug rigoureux. Songez qu'un même jour leur ravira leur mère, Et rendra Tespérance au fils de l'étrangère, A ce fier ennemi de vous, de votre sang. Ce fils qu'une Amazone a porté dans son flanc. Cet Hyppolyte*...
les yeux. Que le retour à la raison est douloureux I L'égarement de l'esprit est sans doute un malheur ; mais, quand il faut périr, ne vautil pas mieux subir son sort sans le connoltre 1 ( Acte II, se. ii.) (G.) 1 Corneille a dit dans Héraclius :
Impatient déjà de se laisser séduire Au premier imposteur, etc.
Voltaire fait observer avec raison que ie laisser séduire à quelqu'un est une faute. L'expression de Racine ne nous paroft pas plus admissible. On ne peut pas dire se laisser tenter à une chose, comme on dit se laiêser entraîner, emporter à.
t Dans Euripide, la nourrice tient le même langage : La nourrice. — Eh bien, cruelle, plus sourde à mes vœux que les flots de la mer, mourez, puisque telle est votre envie ; mais sachez que votre mort entratne la ruine de vos enfants 1 bientôt ils seront chassés de la maison paternelle ; ils céderont la place au fils de l'étrangère. Vous connoissez ce superbe ennemi de notre sexe , cet orgueilleux jeune homme à qui une Amazone a donné \e Jovit, eX ^otvW^ ^ctxfe <5.«^rient si peu à sa naissance illégitime, ccfHippoV-jle...
51 i PHÈDRE.
PBBDRE.
Ah dieux!
OEKOKE.
Ce reproche vous touche.
PHÈDBE.
Malheureuse! quel nom est sorti de ta bouche!
QENONE.
Ué bien ! votre colère éclate avec raison : J'aime à vous voir frémir à ce funeste nom. Vivez donc : que Tamour, le devoir, vous excite; Vivez, ne souffrez pas que le fils d'une Scythe, Accablant vos enfants d'un empire odieux, Commande au plus beau sang de la Grèce et des dieux Mais ne différez point; chaque moment vous tue : Réparez promptement votre force abattue, Tandis que de vos jours, prêts à se consumer, Le flambeau dure encore, et peut se rallumer.
PHÈDBE.
J'en ai trop prolongé la coupable durée.
OEKONE.
Quoi! de quelques remords ètes-vous déchirée? Quel crime a pu produire un trouble si pressant? Vos mains n'ont point trempé dans le sang innocent ?
PHÈDRE
Grâces au ciel, mes mains ne sont point criminelles. Plût aux dieux que mon cœur fût innocent comme elles!
Et quel affreux projet avez-vous enfanté Dont votre cœur encor doive être épouvanté?
Phèdre. — Ah dieiix 1
La nourrice. — Ce reproche tous touche.
Phèdre. — Ah 1 dans quel trouble tu m'as jetée ! Que jamais, je t'en conjure par tous les dieux , ce Tuneste nom ne soit prononcé devant moi!
La nourrice. — Oui, sans doute, ce nom doit vous être odieux-: votre haine est juste. Mais régies votre conduite sur vos sentiments ; vivez pour sauver vos enfants ; votre mort les livre à leur ennemi.
Phèdre. — J'aime mes enfants, je voudrois vivre pour eux; mais mon cruel destin veut at^ourd'bui que je meure. [HippolyU^ acte II, scène il.) (G.)