‹ Œuvres dramatiques, avec les notes de tous les commentateurs, publ. par m. Aimé-MartinChapitre 218 sur 397 · ACTE II, SCENE II · texte numérisé non relu

ACTE II, SCENE II

Et laissa dans Poubli vcs frères malheureux.

Athènes dans ses murs maintenant vous rappelle :

Assez elle a gémi d'une longue querelle;

Assez dans ses sillons votre s-'.ng englouti

A fait fumer le champ dont il étoit sorti. ^

Trézène m'obéit. Les campagnes de Crète

Offrent au fils de Phèdre une riche retraite.

I/Attique est votre bien. Je pars, et vais, pour vous,

Réunir tous les vœux partagés entre nous.

ARICIE

De tout ce que j'entends, étonnée et confuse,

Je crains presque, je crains qu'un songe ne m'abuse.

Veillé-je ? Puis-je croire un semblable dessein ?

Quel dieu, seigneur, quel dieu l'a rais dans votre sein?

Qu'à bon droit votre gloire en tous lieux est semée !

Et que la vérité passe la renommée!

Vous-même, en ma faveur, vous voulez vous trahir !

?rétoit-ce pas assez de ne me point huîr !

Et d'avoir si longtemps pu défendre votre ame

De cette inimitié...

HIPPOLYTE

Moi, vous haïr, madame !

Avec quelques couleurs qu'on ait peint ma fierté. Croit-on que dans ses flancs un monstre m'ait porté? Quelles sauvages mœurs, quelle haine endurcie Pourroit, en vous voyant, n'être point adoucie ? Ai-je pu résister au charme décevant ^..

ARICIE

Quoi, seigneur!

UIPPOLTTE.

Je me suis engagé trop avant.

Je vois que la raison cède à la violence : Puisque j'ai commencé de rompre le silence, Madame, il faut poursuivre ; il faut vous informer

1 Déetvant : vieux mot qui signifie trompeur; il étoit déjà tombé en désuétude du temps de Racine, qui n'a pu le rajeunir, mais qui remploie ici avec un rare bonheur, puisqu'il est un trait de caractère. ICdne en déclarant son amour, Hippolyte n'ose en avouer les charmes : il y voit quelque chose de trompeur.

V»2 PHEDRE

D'un 5HH:rel que mon cœur ne peut plus renfermer. Vous voyez devant vous un prince déplorable IVun tt»mêraire orgueil exemple mémorable. Moi qui, contre Kamour fièrement révolté, Aux fers de si»s captifs ai longtemps insulté ; Qui, des foibles mortels déplorant les naufrages, l'eiisois toujours du bord contempler les orages; Ass(>n'i maintenant sous la commune loi, Fiir quel trouble me vois-je emporté loin de moi! Vu moment a vaincu mou audace imprudente : Cette ame si superbe est onûn dépendante. Depuis près de six mois, honteux, désespéré, Portant partout le trait dont je suis déchiré. Contre vous, contre moi, vainement je m'éprouve : Pr<»senle, je vous fuis ; absente, je vous trouve* ; Dans le fond des forêts votre image me suit; La lumière du jour, les ombres de la nuit, Tout retrace à mes yeux les charmes que j'évite; Tout vous livre à Tenvi le rebelle Hippolyte. Moi-même, pour tout fruit de mes soins superflus. Maintenant je me cherche, et ne me trouve plus ; Mon arc, mes javelots, mon char, tout m'importune; Je ne me souviens plus des leçons de Neptune ; Mes seuls gémissements font retentir les bois, Et mes coursiers oisifs ont oublié ma voix. Peut-être le récit d'un amour si sauvage Vous fait, en m'écoutant, rougir de votre ouvrage. D'un cœur qui s'offre à vous quel farouche entretien î Quel étrange captif pour un si beau lien ! Mais l'offrande à vos yeux en doit être plus chère : Songez que je vous parle une langue étrangère : Et ne rejetez pas des vœux mal exprimés, Qu'Hippolyte sans vous n auroit jamais formés *.

1 Ce vers, qui, isolé, sentiroit un peu le madrigal, dans la bouche du farouche Hippolyte a quelque chose de si vrai, qu'il devient réellement tragique.

î Euripide et Sénèque, fidèles aux traditions de l'antiquité, ont représenté Hippolyjte comme un jeune chasseur inaccessible aux traits de l'amour. L'Hippolyte de Racine est amoureux ; le poëte, en alté-

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