SCÈNE III
HIPPOLYTE, ARICIE, THÉR AMÈNE, ISMÈXE.
THÉRAMÈNE
Seigneur, la reine vient, et je Tai devancée » : Elle vous cherche.
HIPPOLYTE
Moi?
THÉRAMÈNE
J'ignore sa pensée.
Mais on vous est venu demander de sa pnrt. Phèdre veut vous parler avant votre départ.
Phèdre! Que lui dirai-je? Et que peut-elle attendre...
ARICIE
Seigneur, vous ne pouvez refuser de rentcndre : Quoique trop convaincu de son inimitié,
rant le caractÎTe sauvage de son héros, a peut-être affoibli i'iutérët (les principales situations de sa tragédie. Les critiques ont remarqué avec raison que la déclaration de Phèdre seroit plus dramatique encore, si le langage de la passion étoit inconnu à celui à qui elle s'adresse. Dans la tragédie de Racine, la vertu seule ne défend pas Hippolyte de l'amour de Phèdre : il aime Aricie, et cette passion ne peut laisser de place à aucune autre. Mais qui ne pardonneroit à Racine une faute qui est l'origine de tant de beautés inimitables! Aricie est si tendre, si touchante, ses sentiments sont si purs, et le poète les exprime dans une langue si harmonieuse, qu'il vous tient dans un enchantement continuel. D'ailleurs la découverte de cet amour jette un grand intérêt dans le quatrième acte, et fait naître une des scènes les plus déchirantes de la pièce. Nous ne dirons rien de la déclaration d'Hippolyte, c'est un chef-d'œuvre de poésie et d'éloquence. Qui pourroit se souvenir, un la lisant, qu'Euripide a donné à son héros une teinte plus fière et plus prononcée t
I La démarche de Phèdre paroit choquer la bienséance : en sa qualité de femme, de reine et de belle-mère, elle ne doit jioint venir chercher Hippolyte; c'est à Hippolyte d'aller la trouver j mais l'avett- {flement de la passion est une excuse légitime pour cette violaftion des bienséances. [G.)
r>5i PHEDRE.
Vuus (levez à ses pleurs quelque ombre de pitié.
HIPPOLYTE
Cependant vous sortez. El je pars : et j'ignore Si je n*offense point les charmes que j*adore ! J*ignore si ce cœur que je laisse en vos mains...
ARICIE
Fartez, prince, et suivez vos généreux desseins : Rendez de mon pouvoir Athènes tributaire. J'accepte tous les dons que vous me voulez £aire. Mais cet empire enfin si grand, si glorieux, S'oM pas de vos présents le plus cher à mes yeux.