‹ Œuvres dramatiques, avec les notes de tous les commentateurs, publ. par m. Aimé-MartinChapitre 224 sur 397 · ACTE n, SCÈNE V. r · texte numérisé non relu

ACTE n, SCÈNE V. r

HIPPOLTTB.

Dieux! qu'est-ce que j'entends? Madame, oubliez-vous Que Thésée est mon père, et qu'il est votre époux f

PHÈDRE

Et sur quoi jugez-vous que j'en perds la mémoire. Prince? Aurois-je perdu tout le soin de ma gloire?

HIPPOLYTE

Madame, pardonnez : j'avoue, en rougissant, Que j'accusois à tort un discours innocent. Ma honte ne peut plus soutenir votre vue ; Et je vais...

PHÈDRE

Ah, cruel ! tu m'as trop entendue !

Je t'en ai dit assez pour te tirer d'erreur. Hé bien! connais donc Phèdre et toute sa fureur: J'aime. Ne pense pas qu'au moment que je t'aime, Innocente à mes yeux, je m'approuve moi-même ; Ni que du fol amour qui (.rouble ma raison Ma lâche complaisance ait nourri le poison ; Oljet infortuné des vengeances célestes.

Je m'abhorre encor plus que tu ne me détestes. Les dieux m'en sont témoins, ces dieux qui dans mon flaiu Ont allumé le feu fatal à tout mon sang; Ces dieux qui se sont fait une gloiro cruelle De séduire le cœur d'une foible mortelle. Toi-même en ton esprit rappelle le passé : C'est peu de t'avoir fui, cruel, je t'ai chassé ; J'ai voulu te paraître odieuse, inhumaine; Pour mieux te résister, j'ai recherché ta haine. De qum m'ont profité mes inutiles soins? Tu me haïssois plus, je ne t'aimois pas moins; Tes malheurs te prètoient encor de nouveaux charmes. Tai langui, j'ai séché dans les feux, dans les larmes : Il suffit de tes yeux pour t'en persuader, Si tes yeux un moment pouvoient me regarder K

que toutes les fois que Badne se sert de ce qu'un autre a foit, c'est pour montrer comment il falloit faire. (L.)

t Quelle amertume d'idée et d'expression dans ce yers! La passion a-t-elle quelque chose de pins douloureux 1 Et tout ce couplet si ad-

%40 PHEDRE

Que dis-je ? Cel aveu que je le- viens de faire,

ijùi aveu si honteux, le crois-tu volontaire ^ ?

Tremblante pour un fils que je n'osois trahir,

Je te venois prier de ne le point haïr :

Foibles projets ^d'un cœur trop plein de ce qu'il aiincî

Hélas! je ne t*ai pu parler que de toi-même!

Venge-toi, punis-moi d'un odieux amour :

Digne fils du héros qui t'a donné le jour,

Délivre l'univers d'un monstre qui t'irrite.

La veuve de Thésée ose aimer Hippolyte î

Crois-moi, ce monstre aflfreux ne doit point t'échapper;

Voilà mon cœur : c'est là que ta main doit frapper.

Impatient déjà d'expier son oiîense.

Au-devant de ton bras je le sens qui s'avance.

Frappe : ou si tu le crois indigne de tes coups,

Si ta haine m'envie un supplice si doux,

Ou si d'un sang trop vil la main seroit trempée^,

mirable appartient au poëte françois. Il semble que quand Racine marche tout seul, il n'a d'abord suivi des modèles que pour Taire voir combien il savoit les devancer. (L.)

1 Voilà peut-être ce qu'il y a de plus profond et de plus beau dans tout ce morceau. Il étoit impossible de mieux peindre l'irrésistible ascendant de la passion qui maîtrise Phèdre, et, par conséquent, de la rendre plus excusable ; et, comme on ne pouvoit la rendre intéressante qu'autant qu'elle seroit à excuser et à plaindre, l'auteur a saisi le point capital. C'étoit là l'effort et le triomphe de son art; mai^il dépendoit d'une force de conception et de style interdite à la médiocrité. (L.)

« D'Olivet trouve un barbarisme de phrase dans l'emploi du conditionnel présent : si ta main seroit trempée. Desfontaines essaie longuement de justifier; Racine par des règles de logique, qui ne décident pas la question. Il nous semble que, pour la décider, il suffit d'exprimer en prose l'idée de Racine, en rappelant l'indicatif des deux vers prér cédents. La phrase de Racine peut se construire ainsi : <Sft tu crois mon cœur incligne de tes coup^, ou si tu crois que d'un sang trop vil ta main seroit trempée. Racine a sous-entendu le verbe croire dans le second membre de la phrase, et il suffit de le rétablir pour montrer la justesse de son expression. C'est une ellipse qui seule pouvoit rendre son idée, car la phrase ne présenteroit plus le même sens si l'on substituai^, comme Je veut l'abbé d'Olivet, le motétoit au mot seroit. Si tu croù que d'un sang trop vil ta main seroit trempée, oxn &\ lu cto\» que

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