SCÈNE VI
IIIPPOLYTE, THÉRAMÈNE.
THÉRAMKNE.
Est-ce Phèdre qui fuit, ou plutôt qu'on entraîne? Pourquoi, seigneur, pourquoi ces maniucs de douleur? Je vous vois sans épéc, interdit, sans couleur!
H1PP01.YTE.
Théramène, fuyons. Ma surprise est extrême. Je ne puis sans horreur me regarder moi-même. Phèdre... Mais non, grands dieux! qu'en un profond oubli Cet horrible secret demeure enseveli * î
d*un gang trop vil ta tnaiu était trempée, ont deux significations différentes. En admettant cette ellipse, la phrase est correcte.
1 Uépëe d'Hippolyte demeurée entre les mains de Phèdre est une très ingénieuse invention de Sénèque, que Racine n'a pas manqué de s*ap[Nroprîier. Mais ce qu'il emprunte devient toujours meilleur entre ses mains. Dans Sénèque, c'est Hippolyte qui tire son épée pour tuer Phèdre prosternée à ses genoux : l'abjection de l'une et la brutalité de • l'autre sont également répréhensibles. On voit combien Racine s'y est mieux pris; mais, pour en venir jusqu'à troubler et effrayer Hippolyte au point de laisser, avec quelque vraisemblance, son épée dans les mains de Phèdre, il falloit pousser le délire et les emportements de ceUe-ci jusqu'à pouvoir s'emparer de cette épéc et l'emporter, tandis qu*Hippolyte reste confondu. et conmie hors de lui. Si toutn'étoit pas pasaioiuiéjusqu'au sublime, tout seroit froid jusqu'au ridicule. Ce sujet, comme celui à'Atkalie^ dépendoit particulièrement de l'exécution, (L.) — Au défaut de ton bras^ on diroit aujourd'hui à défaut, mais, du temps de Racine, au défaut se disoit pour au lieu de, en place de, etc.
« Cette réserve dans un pareil moment, ce sWcute tiX»oVa.,«X^««^ beauté morale qui appartient entièrement à Baicuie. \\ tC ^ïX'ç%»'^«*^^'^
542 PHEDRE
THÉRAMÈNE
Si VOUS voulez partir, la voile est préparée. Mais Athèoes, seigneur, s'est déjà déclarée ; Ses chefs ont pris les voix de toutes ses tribus : Votre frère remporte, et Phèdre a le dessus.
Phèdre?
THÉRAMÈNE
Un héraut chargé des volontés d'Athènes De rÉtat en ses mains vient remettre les rênes. Son (ils est roi, seigneur.
HIPPOLYTE
Dieux, qui la connaissez.
Est-ce donc sa vertu que vous récompensez?
THÉRAMÈNE
Cependant un bruit sourd \'^ut que le roi respire :
On prétend que Thésée a paru dans PÉpire.
Mais moi qui Vy cherchai, seigneur, je sais trop bieu...
HIPPOLYTE
N'importe; écoutons tout, et ne négligeons rien. Examinons ce bruit, remontons à sa source : S'il ne mérite pas d'interrompre ma course, Partons; et, quelque prix qu'il en puisse couler, Mettons le sceptre aux mains dignes de le porter ^.
de dire combien cette discrétion est supérieure aux déclan^ai^oni forcenées et froides de Sénèque et d'Euripide dans la même 8ituatt<m, et combien elle répand d'intérêt sur Hippolyte. Mais on ne peut relûaer au poëte françois cet éloge, que seul il a connu et saisi, en cet eadroit, le vrai caractère de ia vertu, dont le poëte grec et le poëte latim M k ' sont pas doutés. (L.)
1 Luneau de Boisjermain trouve ce second acte un peu vitte tFwtion, tout en convenant qu'une scène comme celle de la déclaratioti^ 4e Phèdre suffit pour faire valoir un acte. J'ajouterai qu'elle suffit p«uii le remplir. Voltaire disoit qu'il f ail oit regarder les cinq actes d*iiBe tragédie comme cinq provinces, dont chacune devait avoir sa edpitaU. En adoptant cette figure, il me semble que la capitale de ce second acte en vaut bien une autre, et vaut même toute une province. (L.)
PIN DU SECOND ACTE