‹ Œuvres dramatiques, avec les notes de tous les commentateurs, publ. par m. Aimé-MartinChapitre 239 sur 397 · ACTE IV, SCÈNE I · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈNE I

Avec quelle rigueur, destin, lu me poursuis ! Je ne sais où je vais, je ne sais où je suis. () tendresse! ô bonté trop mal récompensée.' Pi'ojet audacieux ! détestable pensée * !

» de Thésée, et celle dont personne, que je sache, n'a fait mention, « c'est que, pour ne pas croire au crime de son fils dont il a tant d'in- « dices, il faut qu'il croie à un crime de sa femme encore plus grand ^ .« dont il n'y a pas la moindre apparence, et qui doit lui répugner le •< plus à. imaginer. Je ne vois pas de réplique à cette raison. » Rien n'est plus foible qu'un pareil raisonnement. Le fait est constaté par la Fable, c'est-à-dire : la Fable nous apprend que Thésée fit périr son fils sur l'accusation de sa belle-mère ; mais les moyens de persuader Thésée étoient au choix du poëte : la Fable n'en fait aucune mention. La circonstance de l'épée est très mal imaginée ; c'est une ruse grossière et un moj'en fort maladroit; ce prétendu indice du crime d'Hipl)olyte est si invraisemblable, qu'il donne une grande apparence au crime de Phèdre. Depuis quand répiigne-t-il moins à un père de croire s'm fils coupable d'un' inceste, que de croire sa femme coupable d'une calomnie! Depuis quand la nature parle-t-elle moins au cœur d'un père que l'amour conjugal au cœur d'unïnari, qu'on no nous donne pas comme très amoureux de sa femme t N'est-il pas incroyable qu'un jeune homme jusque-là si vertueux, si timide, et même si sauvage, se soit porté tout à coup à cet horrible excès de violence à l'égard d'une femme qui n'est plus jeune et qui est mère de famille! N'est il pas moins invraisemblable que Phèdre, (jui s'est laissé enlever par Thésée, qui a trahi sa sœur, qui a reçu de sa mère un sang rempli de toutes ces horreurs, ait jeté un œil profane sur un beau jeune homme encore paré de son innocence et de sa pudeur? D'ailleurs, il n'est pas ici question de croire sur-le-champ au crime de l'un des deux. Il n'y a point de nécessité de déclarer à la hâte l'un ou l'autre coupable ; mais il y a beaucoup de raisons de douter, d'examiner, d'approfondir la chose. C'est ce que ne fait point Thésée, et c'est en cela surtout que pèche l'argument sans réplique de M de La Harpe. Thésée, par une imprudence inconcevable, néglige le plus sûr moyen de connoître la vérité : la confrontation des accusateurs avec l'accusé. Mais, dans le plan de Racine, la confrontation eût détruit le dénouement. Il est nécessaire que Thésée soit inconséquent et crédule à l'excès. Euripide est le seul qui ait évité cet écueil, en fournissant à Thésée, par la mort de sa femme, un argument invincible contre son fils, en mettant l'innocent dans l'impossibilité de se justifier. (G.)

» Racine observe lui-même, dans sa préface, que Thésée seroit moins agréable aux spectateurs, si on lui apprenoit que son outrage est aussi complet qu'il peut l'être. Quoique la disgrâce d'un mari ne

r>58 PHEDRE.

Pour parvenir au but de ses noires amours,

L'insolent de la force cmpruntoit le secours!

J'ai reconnu le fer, instrument de sa rage,

Ce fer dont je Tarmai pour un plus noble usage.

Tous les liens du sang n'ont pu le retenir!

Et Phèdre difTéroit à le faire punir!

Le silence de Phèdre épargnoit le coupable!

ŒNOME.

Phèdre épargnoit plutôt un père déplorable ^ : Honteuse du dessein d'un amant furieux Et du feu criminel qu'il a pris dans ses yeux 2, Phèdre mouroit, seigneur, et sa main meurtrière Éteiguoit de ses yeux l'innocente lumière. J'ai vu lever le bras, j'ai couru la sauver. Moi seule à votre amour j'ai su la conserver : Et plaignant à la fois son trouble et vos alarmes. J'ai servi, malgré moi, d'interprète à ses larmes.

THÉSÉE

Le perfide! il n'a pu s^empêcher de pâlir : De crainte, en m'abordant, je l'ai vu tressaillir. Je me suis étonné de son peu d'allégresse ; Ses froids embrassemeuts ont glacé ma tendresse. Mais ce coupable amour dont il est dévoré Dans Athènes déjà s'étoit-il déclaré?

ŒNONE

Seigneur, souvenez-vous des plaintes de la reine :

le rendit point ridicule chez les Grecs, Euripide laisse cependant ignorer au public les expressions dont Phèdre se sert pour accuser Hippolyte. Sénèque, moins délicat, fait dire grossièrement à Phèdre qu'elle a été violée : Vint corpus tulit. (G.)

t C'est dans l'édition d'Amsterdam, 1750, que l'on trouve pour la première fois ce vers refait de la manière suivante :

Phèdre épargnoit toujours an père déplorable.

Luneau, La Harpe et M. Didot ont adopté cette prétendue correction, qui n'est certainement pas de Racine. (G.)

S Prendre du feu dans les yeux est une expression recherchée et qui n'auroit pas dû trouver place dans une tragédie. Racine l'a cependant encore employée quelques vers plus bas : Et ce feu dans Trézène a donc recommencé f Ce qui n'est ni élégant ni poétique.

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