‹ Œuvres dramatiques, avec les notes de tous les commentateurs, publ. par m. Aimé-MartinChapitre 248 sur 397 · SCÈNE VI · texte numérisé non relu

SCÈNE VI

PHÈDRE, OENONE

PHÈDRE

Chère OEnone, sais-tu ce que je viens d'apprendre?

OEXOXE.

Non; mais je viens tremblante, à ne vous point mentir - : J*ai pftli du dessein qui vous a fait sortir; Tai craint une fureur à vous-même fatale.

compassion, le coup de foudre tombe sur clic ; car c'en est un pour une femme qui aime comme Phèdre, et qui aime malgré elle. Que de beautés déjà, sans ce qu'on va voir! Et toutes dépendent de cet épisode tant blâmé des amours d'IIippolytc et d'Âricie. Ah! que ne commet-on souvent de pareilles fautes, dût- on faire toujours de semblables critiques! nous aurions des chefs-d'œuvre de plus. (L.)

* Voilà ce que Phèdre doit dire et sentir ; et que peut-on dire et sentir de plus déchirant quand on aime! O grand peintre de la nature et des passions ! (L.)

t A ne vous point mentir: nous avons déjà remarqué la foiblesse de ces hémistiches. (G.)

TiUH PHEDRE.

PHÈBRE.

OEnone, qui Tcûl cru? j'avois une rivale! •'

OENOKE.

Comment?

PHÈDRE

Ilippolyte aime, et je n'en puis clouter. Ce farouche ennemi qu'on ne pouvoit dompter, Qu'offensoit le respect, quMmportunoit la plainte, Ce tigre, que jamais je n'abordai sans crainte, Soumis, apprivoisé, reconnoît un vainqueur : Aricie a trouvé le chemin de son cœur.

Aricie?

PHÈDRE

Ah! douleur non encore éprouvée!

A quel nouveau tourment je me suis réservée ! Tout ce que j'ai souffert, mes craintes, mes transports, La fureur de mes feux, l'horreur de mes remords, El d'un cruel refus l'insupportable injure, N'étoit (ju'un foible essai des tourments que j'endure. Ils s'aiment! Par quel charme ont-ils trompé mes yeux? Comment se sont-ils vus? depuis quand! dans quels lieux? Tu le sa vois : pourquoi me laissois-tu séduire? De leur furtive ardeur ne pouvois-tu m'instruire? Les a-t-on vus souvent se parler, se chercher ? Dans le fond des forêts alloient-ils se cacher? Hélas! ils se voyoient avec pleine licence : Le ciel de leurs soupirs approuvoit l'innocence; Ils suivoient sans remords leur penchant amoureux; Tous les jours se levoient clairs et sereins pour eux ! Et moi, triste rebut de la nature entière, Je me cachois au jour, je fuyois la lumière; La mort est le seul dieu que j'osois implorer. J'attendois le moment où j'allois expirer; Me nourrissant de fiel, de larmes abreuvée, Encor, dans mon malheur de trop près observée. Je n'osois dans mes pleurs me noyer à loisir; Je gol^tois en tremblant ce funeste plaisir; Et, sous un front serein déguisant mes alarmes, Il falloit bien souvent me priver de mes larmes.

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