‹ Œuvres dramatiques, avec les notes de tous les commentateurs, publ. par m. Aimé-MartinChapitre 250 sur 397 · ACTE IV, SCENE VI · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCENE VI

Je crois te voir, cherchant un supplice nouveau, Toi-même de Ion sang devenir le bourreau. Pardonne : un dieu cruel a perdu ta famille ; Reconnois sa vengeance aux fureurs de ta fille.^ Hélas î du crime affreux dont la honte me suit,' Jamais mon triste cœur n'a recueilli le fruit : Jusqu'au dernier soupir de malheurs poursuivie, Je rends dans les tourments une pénible vie.

OENONE

Hé! repoussez, madame, une injuste terreur! Regardez d'un autre œil une excusable erreur. Vous aimez. On ne peut vaincre sa destinée : Par un charme fatal vous fAtes entraînée. Est-ce doue un prodige inouï parmi nous? L'amour n'a-t-il encor triomphé que de vous ? La foibiesse aux humains n'est que trop naturelle : Mortelle, subissez le sort d'une mortelle. Vous vous plaignez d'un joug imposé dès longtemps : Les dieux mômes, les dieux de l'Olympe habitiints, Qui d'un bruit si terrible épouvantent les crimes, Ont brûlé quelquefois de feux illégitimes.

PHEDRE

Qu'entends-je? Quels conseils ose-t-on me donner? Ainsi donc jusqu'au Iwut tu veux m'empoisonner. Malheureuse! voilà comment tu m'as perdue; Au jour que je fuyois c'est toi qui m'as fendue. Tes prières m'ont fait oublier mon devoir ; J'évitois Hippolyt(i, et tu me l'as fait voir. De quoi te chargeois-tu? Pourquoi ta bouche impie A-t-elle, en l'accusant, osé noircir sa vie ? Il en mourra p^ut-élre, et d'un père insensé Lq sacrilège vœu peut-être est exaucé.

Je ne t'écoute plus. Va-t'en, monstre exécrable; Va, laisse-moi le soin de mon sort déplorable. Puisse le juste ciel dignement te payer! Et puis.se ton supplice à jamais effrayer 1 Tous ceux qui, comme toi, par de lâches adresses,

stamment : le poëte qui s'écarte de cette marche ignore son art et !• cœur humain. (G.)

572 PHEDRE

Des princes malheureux nourrissent les foihiesses. Les poussent au penchant où leur cœur est enclin. Et leur osent du crime aplanir le chemin ! Détestables flatteurs, présent le plus fiineste Que puisse faire aux rois la colère céleste î

OENONE, seule.

Ah, (lieux! pour la servir, j*ai tout fait, tout quitté; Et j'en reçois ce prix! Je Tai bien mérité*.

1 Louis Racine nous apprend qu'il a découvert que ce dernier mut est emprunté de Corbulon. Corbulon soit : j'aurois cru que bien d'autres pouvoient l'avoir ditsansr«mpr«n/^à personne. (L.)

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