‹ Œuvres dramatiques, avec les notes de tous les commentateurs, publ. par m. Aimé-MartinChapitre 251 sur 397 · SCÈNE · texte numérisé non relu

SCÈNE

HIPPOLYTE, ARICIE, [SMÈNE^

ARICIE

Quoi! vous pouvez vous taire en ce péril extrême? Vous laissez dans Terreur un père qui vous aime? Ciruel, si, de mes pleurs méprisant le pouvoir, Vous consentez sans peine à ne me plus revoir. Partez; séparez-vous de la triste Aricie; Mais du moins en partant assurez votre vie. Défendez votre honneur d'un reproche honteux. Et forcez votre père à révoquer ses vœux : Il en est temps encor. Pourquoi, par quel caprice. Laissez-vous le champ libre à votre accusatrice? Éclaircissez Thésée.

Hé ! que n'ai-je point dit ?

Ai-je dû mettre au jour Fopprobre de son lit'? Devois-je, en lui faisant un récit trop sincère. D'une indigne rougeur couvrir le front d*un père? Vous seule avez percé ce mystère odieux. Mon cœur pour s'épancher n'a que vous et les dieux -K Je n'ai pu vous cacher, jugez si je vous aime, Tout ce que je voulois me cacher à moi-même.

i Dans la première édition, Ismène ne fait pas partie des personnages de cette scène, î Ai-je dû, devois-je, est une légère négligence de style. (G.) S Quelle pureté dans cet amour réciproque d'Hippolyte et d' Aricie ! Ne forme-t-il pas ici un contraste doux et intéressant avec la passion honteuse et forcenée de Phèdre 1 N*en forme-t-il pas un autre qui est de situation, celui des esfiérances flatteuses d'Hippolyte et des apprêts de son mariage avec le danger quï le menace, et que le spectateur voit approcher! (L.)

r.7i PHÈDRE.

.Mais songez sous quel sceau je vous Pai révélé :

Oubliez, s'il se peut, que je vous ai parlé,

Madame; et que jamais une bouche si pure

Ne s'ouvre pour conter cette horrible aventure.

Sur ré(iuit(> des dieux osons nous confier;

Ils ont trop d'intt'TÔt à me justifier :

Et Phèdre, tôt ou tard de son crime punie.

N'en s:iuroit éviter la juste ignominie.

C'est l'unique respect que j'exige de vous.

Je |>ermets tout le reste à mon libre courroux :

Sortez de l'esclavage où vous êtes réduite;

Osez me suivre, osez accompagner ma fuite;

Arrachez-vous d'un lieu funeste et profané.

Où la vertu respire un air empoisonné;

Profitez, pour cacher votre prompte retraite.

De la confusion que ma disgrâce y jette.

Je vous puis de la fuite assjirer les moyens :

Vous n'avez jusqu'ici de gardes que les miens;

De puissants défenseurs prendront notre querelle * ;

Argos nous tend les bras, et Sparte nous appelle :

A nos amis communs portons nos justes cris;

Ne souffrons pas que Phèdre, assemblant nos débris,

Du trône paternel nous chasse l'un et l'autre.

Et promette à son fils ma dépouille et la vôtre.

L'oocasiou est belle, il la faut embrasser...

* Quelques commentateurs ont vu ici une révolte du fils contre le père : il n'est pourtant question que d'assurer les droits héréditaires d'Hippolyte, dans le cas où Phèdre voudroit les transporter à son flls. Ces projets sur un avenir éventuel ne sont nullement une rébellion. Louis Racine, il est vrai, voulant à toute force qu'Hippolytc soit coupable dans cette pièce, donne beaucoup trop d'importance et à ces mêmes projets et à la désobéissance d'Hippolyte , qui aime Âricie contre les ordres de son père. Mais Racine dit seulement dans sa préface, u qu'il a voulu que le jeune prince fût un peu coupable envers u son père, afin qu'il n^ fût pas exempt de toute imperfection, et que t< sa mort n'excitât pas plus d'indignation que de pitié. » Ces vues sont justes, parcequ'elles sont mesurées ; elles reviennent à ce principe, qu'un personnage au-dessus de tous les intérêts et de toutes les foiblesses seroit trop peu théâtral, à moins .qu'il ne fût, comme Joad, l'interprète et le ministre de Dieu même. (L.)

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