ACTE lU, SCENE lU
ZAÏBE.
Mais ce succès, madame, est encore incertaiu. Attendez.
ATALIDE
Non, yoi&-tu, je le nierois en vain ^ Je ne prends point plaisir à croître ma misère'; Je sais pour se sauver tout ce qu'il a dû faire. Quand mes pleurs vers Roxane ont rappelé ses pas. Je n'ai point prétendu qu'il ne m'obélt pas : Mais après les adieux que je venoisil'entendre. Après tous les transports d'une douleur si tendre. Je sais qu'il n'a point dû lui faire remarquer La joie et les transports qu'on vient de m'expliquer. Toi-même, juge-nous, et vois si je m'abuse : Pourquoi de ce conseil moi seule suis-je excluse? Au sort de Bajazet ai-je si peu de |)art? A me chercher lui-même attendmit-il si tard, N'étoit que de son cœur le trop juste reproche* Lui fait peut-être, hélas! éviter cette approche? Mais non, je lui veux bien épargner ce souci : Il ne me verra plus.
ZAÏRE
Madame, le voici.
1 Cette phrase est familière : cependant elle ne choque point ici. Cest que le ton général de la scène n'est guère au-desans de la haute comédie. Mettez non, vois-tu, dans une scène tragique, on rira. Ainsi, même en péchant par le fond, Racine conserve ce sentiment des plus petites convenances dans les détails. (L.)
î Croître est un verbe neutre. Suivant Richelet , on peut le faire actif en vers, et, ce qui vaut mieux que l'autorité de Richelet, Racine Ta employé activement , non-seulement dans ce vers, mais dans Jphigénie et dans Esther, (G.) — Le dictionnaire de l'Académie dit expressément que crottret dans le sens à^augmenter, est actif en poésie.
3 N*étoit que, pour si ce n'itoit que , peut trouver place dans la poésie légère , mais n'est point assez noble pour la poésie soutenue. Il en est de même de vois-je pas, ])our ne vois-je pas, qu'on trouve un peu plus loin. Racine et Voltaire se sont quelquefois permis cette licence. Le mot approche^ dans le vers suivant, ne peut être dit pour entrevue. Il y a impropriété d'expression.
r.2 BAJAZET.