ACTE V, SCENE VI
THÉSÉE
O mon fils! cher espoir que je me suis ravi! Inexorables dieux, qui m'avez trop servi ! A quels mortels regrets ma vie est réservée !
THËRAMÉNE.
La timide Àricie est alors arrivée :
Elle venoit, seigneur, fuyant votre courroux, A la face des dieux l'accepter pour époux. Elle approche; elle voit rherl)e rouge et fumante; Elle voit (quel objet pour les yeux d'une amante ! ) Hippolyte étendu, sans forme et sans couleur. Elle veut quelque temps douter de son malheur ; Et, ne connaissant plus ce héros qu'elle adore,
« Nec vires tamen bas rabios superasoet equuriiin,
« Ni rola, perpetuum qua rircuniveftitiir axem ,
« Stipitis orrursu fracta ao disijucta fuissct.
u Excutior curru, lorisquc tunontibus artus,
« Viscura viva trahi, ncrvus in slirpu Icneri,
« Menobra rapi partira, partira reprcnsa relinqui ,
•f Ossa gravera dare Tracta sumira, Tessaraque vidcres
« Exhalari aniraara ; nullasqiic in curpore partes
« Nosoefe quas posses : unuraqiie crat oranis vuluuit. »
<f Déjà je parcourois le rivage de la mer de Corinthe; tout à coup les flots s'irritent, l'onde se soulève, les vagues amoncelées prés^itent Taspect d'une énorme montagne dont il sort d'horribles mugissements. Elle s'ouvre, et de ses flancs brisés s'élance un taureau armé de cornes menaçantes. Sa tête domine sur les flots; l'onde jaillit par torrents de ses naseaux et de sa large gueule. Soudain la terreur s'empare de mes compagnons-, seul je suis sans crainte: puis-je sentir d'autres maux que ceux de mon exil ! Cependant mes chevaux tournent la tête vers le rivage; leurs oreilles se dressent; saisis d'horreur, ils s'emportent, et l'épouvante les précipite à travers les rochers. Vainement je veux les retenir, vainement je me penche en arrière et tire d'une roftin ferme le frein qu'ils blsfhchisscnt d'écume. Mon bras eût cependant dompté leur furie ; mais le char rapide se brise contre le tronc d'un vieux chêne. Il vole en éclats. Je tombe embarrassé dans les rênes; mes nerfs sont déchirés; mes entrailles, arrachées, s'attachent aux buissons. Je tratne avec moi une partie de mes membres brisés, le reste m'abandonne ; mes os font entendre d'horribles craquements, et mon corps défiguré n'est plus qu'une seule plaie d'où mon ame fatiguée s'exhale douloureusement. » [Metam., lib. XV, V. 606, eta.)
r>HK PHEDRE.
Kl le voit Ilippolyte et le demande encore. Mais, trop sûre ù la fin qu*il est devant ses yeux> Par un triste regard elle accuse les dieux ; Kl froide, gémissante, et presque inanimée. Aux pieds de son amant elle tombe pàmce. Ismène est auprès d'elle ; Isniène, tout en pleurs, 1^ rappelle à la vie, ou plutôt aux doulrurs. Kt n:oi, je suis venu, détestant la lumière, Vous dire d'un héros la volonté dernière, Kt m*ac(iuitter, seigneur, du malheureux emploi Dont son cœur expirant s'est reposé sur moi. Mais j'aperçois venir sa mortelle ennemie.