‹ Œuvres dramatiques, avec les notes de tous les commentateurs, publ. par m. Aimé-MartinChapitre 271 sur 397 · ACTE I, SCENE I. 4H · texte numérisé non relu

ACTE I, SCENE I. 4H

Chacune avoit sa brigue et de puissants suffrages ^ : L'une d'un sang fameux vantoit les avantages; L'autre, pour se parer de superbes atours, Des plus adroites mains empruntoit le secours; Et moi, pour toute brigue et pour tout artifice, De mes larmes au ciel j'offrois le sacrifice. Enfin, on m'annonça l'ordre d'Assuérus *. Devant ce fier monarque, Élise, je parus. Dieu tient le cœur des rois entre ses mains puissantes ' ; Il fait que tout prospère aux âmes innocentes. Tandis qu'en ses projets l'orgueilleux est trompé. De mes foibles attraits le roi parut frappé : Il m'observa longtemps dans un sombre silence ^;

< Idée empruntée de Tacite. Racine en a déjà fait usage dans Britannicus, acte IV, se. ii : « Les femmes, dévorées d'ambition, faisoient valoir leur naissance, leur beauté ,. leurs richesses et tout ce qui pouvoit les rendre dignes d'une telle union. » [Annal., 1. XII. |

* w Après donc qu'il se fut passé du temps, le jour vint auquel Esther; fille d'Abihaïl, frère de Mardochée, et que Mardochée avoit adoptée pour sa fille, devoit être présentée au roi en son rang. Elle ne* demanda rien pour sa parure^; mais Egée, eunuque qui avoit le soin de ces filles, lui donna pour cela tout ce qu'il voulut, car elle étoit parfaitement bien faite, et son incroyable beauté la rendoit aimable et agréable à tous ceux qui la voyoient. »> [Estk., ch. il, v. 15.)

S u Le cœur du roi est dans la main du Seigneur comme une eau courante : il le fait tourner de quelque côté qu'il veut. »» (Prov., ch. XXI, V. 1 .)

* L'Écriture parle de la beauté d'Esther comme d'une chose incroyable, incredibili pulchriludine, et cependant Racine ne met rien de bien tendre, du moins en apparence, dans le premier regard qu'Assuérus jette sur elle :

Il l'observa longtemps daos un sombre silence,

dit le poëte ; et il semble qu'il exclut de cette contemplation le plaisir et le transport. L'impression est cependant la même que celle qu'il donne à Pyrrhus, lorsque ce prince guide Andromaque à l'autel,

S'enivrant en marchant du plaisir de la voir.

Dans ces deux situations, le poëte a eu égard aux mœurs. On ne devoit point retrouver cet abandon, cette familiarité des princes grecs, - dans un roi de Perse, dont rien ne trouble jamais la majesté ; mait 1^

412 ESTUER.

Et le ciel, qai pour moi fit pencher la balance, Dans ce temps-là, sans doute, agissoit sur son cœur. Enfin, avec des yeui où régnoit la douceur : Soyez reine, dit-il; et, dès ce moment même. De sa main sur mon front posa son diadème ^ Pour mieux faire éclater sa joie et son amour. Il combla de présents tous les grands de sa cour; Et même ses bienfaits dans toutes ses provinces. Invitèrent le peuple aux noces de leurs princes *.

Hélas! durant ces jours de joie et de festins, Quelle étoit en secret ma honte et mes chagrins ^l Esther, disois-je, Estber dans la pourpre est assise, La moitié de la terre à son sceptre est soumise, Et de Jérusalem l'herbe cache les murs! Sion, repaire affreux de reptiles impurs. Voit de son temple saint les pierres dispersées. Et du Dieu d*Israél les fêtes sont cessées *î

falloit cependant avertir les spectateurs des sentiments d'Assuérus. La différence des mœurs fait la différence du vers, mais l'eifet est le m^me, parceque les mœurs sont connues et que le poëte, en 8*y conformant, sait en tirer des beautés nouvelles. Â toutes ces raisons Vrées des mœurs orientales, il faut ajouter que la pièce est faite pour être jouée par des jeunes filles, et dans une maison d'éducation.

t La rigueur de la règle voudroit il posa. «< Le roi Taima plus que toutes ses autres femmes, et elle s'acquit dans son cœur et dans son esprit une considération plus grande que toutes les autres; il lui mit sur la tête le diadtme royal, et il la fit reine à la place de Yaathi. » ( Esth., ch. II, V. 17.)

S M Et le roi commanda qu'on fît un festin très magnifique à tons les grands de sa cour et à tous ses serviteurs, pour le mariage et les noces d'Esther. Il soulagea les peuples de toutes ses provinces, et il fit des dons dignes de la magnificence d'un si grand prince. » (Esth., ch. II, V. 18.)

3 Tout le monde supplée l'ellipse çt quels éloient mes chagrins, et ce tour plus vif vaut mieux eu poésie que l'affectation d'une régularité très inutile, si le poëte eût mis, comme le veut l'abbé d'Olivet :

Quels étoient eo «ecret ma honte et mes chagrins. (L.)

% Ceci %st une licence, il Caudroit : les fêtes ont cessé. Cesstr est un verbe neutre, et se conjugue avec le verbe avoir.

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