‹ Œuvres dramatiques, avec les notes de tous les commentateurs, publ. par m. Aimé-MartinChapitre 272 sur 397 · ACTE I, SCÈNE I · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE I

ÉLISE

N'aTez-vous point au roi confié tos ennuis?

BSTHER.

Le roi, jusqu'à ce jour, ignore qui je suis ^ :

Celui par qui le ciel règle ma destinée

Sur ce secret encor tient ma langue enchaînée '.

ÉLISE

Mardochée? Hé! peut-il approcher de ces lieux?

ESTHER

Son amitié pour moi le rend ingénieux.

Absent je le consulte, et ses réponses sages

Pour venir jusqu'à moi trouvent mille passages :

Un père a moins de soin du salut de son ttls.

Déjà même, déjà, par ses secrets avis 3,

J'ai découvert au roi les sanglantes pratiques

Que formoient contre lui deux ingrats domestiques ^.

1 Ce soin de cacher sa naissance fit donner à la nièce de Mardochée le surnom d'Esther, qui , en hébreu , signi/ie inconnue. C'étoit par une inspiration divine que Mardochée lui avoit défendu de se faire connoltre. .Voltaire et M. de La Harpe se sont récriés sur la sottise d'um roi de Perse qui ne sait pas de quel pays est sa femme. Mais, sans recourir aux desseins de Dieu, qui ne permettoit pas qu'Assuérus eût cette curiosité, il importoit fort peu à ce monarque de connoitre précisément l'origine et la famille d'Esther ; il lui suffisoit de savoir qu'elle étoit belle et aimable. Les despotes orientau]( ne s'informent pas d'autre chose. Esther étoit née à Suse, elle avoit été élevée dans cette capitale de la Perse : on pouvoitdonc ignorer qu'elle étoit Juive. Ainsi Voltaire n'a raisonné que d'après nos idées et nos usages, sans égard pour les mœurs orientales. (G.)

S » Esther n'avoit point encore découvert ni son pays ni son peuple, selon l'ordre que Mardochée lui en avoit donné : car Esther observoit tout ce qu'il lui ordonnoit, et faisoit encore toutes choses en ce temps"là par son avis, de même que lorsqu'il la nourrissoit auprès de lui, étant encore toute petite. » (Esth.^ ch. ii, vers. 20.)

9 « Lors donc que Mardochée demeuroit à la porte du roi, Bagalhan et Tharès, deux de ses eunuques, qui conmiandoient à la première entrée du palais, ayant conçu quelque mécontentement contre le roi, entreprirent d'attenter contre sa personne et de le tuer. Mais Mardochée , ayant découvert leur dessein , en avertit aussi:tôt la reine Esther. La reine en avertit le roi au nom de Mardochée, dont elle avoit reçu l'avis. >» (Estk., ch. ii, vers. 21, 22.)

^ Ces deux vers paroissent jetés ici sans dessein, et cependant ils

414 ESTHER

Cependant mon amour pour notre nation

A rempli ce palais de filles de Sion ,

Jeunes et tendres fleurs i)ar le sort agitées,

Sous un ciel étranger comme moi transplantées.

Dans un lieu séparé de profanes témoins,

Je mets à les former mon étude et mes soins < ;

Et c'est là que, fuyant Torgueil du diadème,

liasse de vains honneurs, et me cherchant moi-même,

Aux pieds de rÉterncI je viens m'humilier,

Et goûter le plaisir de me faire oublier >.

Mais à tous les Persans je cache leurs familles.

Il faut les appeler. Venez, venez, mes filles,

(>>mpagnes autrefois de ma captivité.

De Tantique Jacob jeune postérité *.

donnent à cette pièce le mouvement qui la met enjeu: de là le songe effrayant du roi, la révision des annales de son règne, l'impression nouvelle que fait sur \\i\ le danger qu'il a couru, le regret qu'il témoigne de n'avoir pas récompensé celui qui l'en a tiré, le triomphe de Mardochée, enfin le salut de tous les Juifs. (L. B.) — Le mot domettique a changé de sens : du temps de Racine, il pouvoit s'appliquer même aux grands. Ces ingrats domestiques n'étoient pas des esclaves, c'étoient des sujets persans, comme on le voit plus loin, acte II, se. ni, lorsque Assuérus les met en opposition avec les Juifs étrangers' et esclaves. (Voyez, sur le sens donné au mot domestique sous Louis XFV, la note placée à la suite des personnages d'Iphigénie.)

* Ces vers sont une allusion aussi adroite que flatteuse à la maison de Saint-Cyr.(L. B.)

« Ce trait admirable de la modestie d'Estber s'appliquoit à madame de Maintenon, qui venoit à Saint-Cyr oublier l'éclat et les grandeurs de la cour. ( G.)

8 11 s'en faut bien que cette scène soit, comme on l'a dit, inutile à l'action, puisqu'elle fait connoître les événements de l'avant-scène, et trace les caractères d'Estber et de Mardochée. Le sujet n'y est pas entièrement exposé ; mais ce n'est pas une règle essentielle, que toute l'exposition se trouve dans la première scène. (G.)

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