ACTE I, SCÈNE III. 4t
Tes peuples en chantant accourir à tes fêtes?
TOUT LE CHŒUR
O rives du Jourdain! 6 champs aimés dès deux! Sacrés monts, fertiles vallées, Par cent miracles signalées !
Du doux pays de nos aïeux Serons-nous toujoui*s exilées?
SCÈxNE III.
ESTHER, MARDOCHÉE, ÉLISE, le cuoeur.
ESTHER
Quel profane en ce lieu sk>se avancer vers nous ? Que vois-je? Mardochée! 0 mon père, est-ce vous? Un ange du Seigneur, sous son aile sacrée ^ A donc conduit vos pas, et caché votre entrée? Mais d'où vient cet air sombre, et ce cilice aflreux. Et cette cendre enfin qui couvre vos cheveux * ? Que nous annoncez-vous ?
MARDOCUÉE.
0 reine infortunée!
O d'un peuple innocent barbare destinée! Lisez, lisez Tarn^t détestable, cruel...
Nous sommes tous perdus! et c'est fait d'Israël !
Juste ciel ! tout mon sang dans mes veines se glace >.
1 Quoi de plus frappant et de plus théâtral que cette entrée de Mardochée, qui vient, sous le sac, couvert de cendre, et dans le deuil le plus affreux, apporter à Eâther la nouvelle de la proscription des Juifs ! Oui, sans doute, comme le dit Esther, c'est un ange qui, sous son aile sacrée, a conduit ses pas, et a rendu sa marche invisible. Pouvoit-il sans un pareil miracle s'introduire dans l'appartement d'Esther, inaccessible à tous les hommes, suivant les lois inflexibles des Orientaux! Les miracles sont si familiers dans Thistoire juive, qu'on ne peut pas reprocher au poëte un merveilleux hors de saison. (G.)
S u Mardochée ayant appris ceci, déchira ses vêtements, se revêtit d'un sac, et se couvrit la tête de cendre. ^{Esih., eh. rv, v. 1.)
8 Racine avoit oublié qu'il avoit déjà mis ce vers, mot pour mot, dans la bouche d'Œnone, Phèdre, acte VI, se. m. (G.)
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il8 ESTHER.
MARDOCHÉE
On doit de tous les Juifs exterminer la race.
Au sanguinaire Aman nous sommes tous livrés; t
Les glaives, les couteaux, sont déjà préparés;
Toute la natiojn à la fois est proscrite.
Aman, Timpie Aman, race d'Amalécite,
A, pour ce coup funeste, armé tout son crédit ;
Et Je roi, trop crédule, a signe cet édit.
Prévenu contre nous par celte bouche impure.
Il nous croit en horreur à toute la nature.
Ses ordres sont donnés; et, dans tous ses États, .
\jd jour fatal est piis pour tant d'assassinats.
Cieux, éclairer®- vous cet horrible carnage!
Le fer ne connaîtra ni le sexe ni Tâge * ;
Tout doit servir de proie aux tigres, aux vautours ;
Et ce jour effroyable arrive dans dix jours *.
ESTHER
O Dieu, qui vois former des desseins si funestes, As-tu donc de Jacob abandonné les restes?
UNE DES PLUS JEUNES ISRAÉLITES
Ciel, qui nous défendra, si tu ne nous défends?
MARDOCHÉE
Laissez les pleurs, Esther, à ces jeunes enfants. En vous est tout l'espoir de vos malheureux frères : Il faut les secourir; mais les heures sont chères; Le temps vole, et bientôt amènera le jour Où le nom des Hébreux doit périr sans retour. Toute pleine du feu de tant de saints prophètes,
1 Le fer ne connoxtra : figure si naturelle, si heureuse, et si bien l)lacéej qu'à peine en sent-on la hardiesse extraordinaire. Homère cependant a été encore plus hardi ; il prête au fer du guerrier le désir de percer le corps de Tennemi :
AtXato{Jt.evo; XP°^Ç aaai. (G.)
î « Nous avons ordonné que tous ceux qu'Aman, qui commande à toutes le provinces, qui est le second après le roi, et que nous honorons comme notre père, aura fait voir être de ce peuple, soient tués par leurs ennemis, avec leurs femmes et leurs enfants, le quatorzième jour d'Adar, le douzième mois de cette année, sans que personne en ait aucune compassion. » (J^s^A., ch. xiir, vers. 6.)