‹ Œuvres dramatiques, avec les notes de tous les commentateurs, publ. par m. Aimé-MartinChapitre 282 sur 397 · AMAN, HYDASPE · texte numérisé non relu

AMAN, HYDASPE

AMAN

Hc quoi ! lorsque le jour ne commence qu'à luire. Dans ce lieu redoutable oses^tu m'introduire ^ ?

HYDASPE

Vous savez qu'on s'en peut reposer sur ma foi ; Que ces portes, seigneur, n'obéissent qu'à moi ' ; Venez. Partout ailleurs on pourroit nous entendre.

AMAN

Quel est donc le secret que tu me veux apprendre?

HYDASPE

Seigneur, de vos bienfaits mille fois bonorc, Je me souviens toujours que je vous ai juré D'exposer à vos yeux, par des avis sincères, Tbut ce que ce palais renferme de mystères. Le roi d'un noir chagrin paraît enveloppé : Quelque songe effrayant cette nuit l'a frappé.

1 Ce lieu est la chambre même où est le trône d'Assuérus ; le sujet ne permettoit pas au poëte une observation plus exacte de Tanité de lien. La scène se passe dans l'enceinte du palais d'Assnéms, mais dans divers appartements de ce palais. (G.)

s Ce vers admirable est parfaitement dans le style oriental. Les portes jouent un grand rôle dans TOrient, où il est si difficile d'approcher de celles qui renferment les rois et les grands. Déplus, chez les .Tuifs, les juges rendoient la Justice hux partes des villes : c'est ce qui fait que cette phrase, les portes de la fille de Sion, de Jérusalem revient si souvent dans l'Ecriture. Mais celle des por/es qui n'obéissent ()n'à un seul homme n'est qu'au poëte qui l'a trouvée. (L.i

430 ESTHER

Pendant que tout gardoit un silence paisible, Sa voix s*est fait entendre avec un cri terrible : J*ai couru. Le désordre étoit dans ses discours : Il s'est plaint d'un péril qui menaçoit ses jours : Il parloit d'ennemi, de ravisseur farouche; Même le nom d'Esther est sorti de sa bouche. Il a dans ces horreurs passé toute la nuit. Enfin, las d'appeler un sommeil qui le fuit ^, Pour écarter de lui ces images funèbres. Il s'est faK apporter ces annales célèbres ' Où les faits de son règne, avec soin amassés. Pur de fidèles mains chaque jour sont tracés; On y conserve écrits le service et l'offense. Monuments éternels d'amour et de vengeance. Le roi, que j'ai laissé plus calme dans son lit. D'une oreille attentive écoute ce récit.

AMAN

De quel temps de sa vie a-t-il choisi l'histoire ?

HTDASPE.

Il revoit tous ces temps si remplis de sa gloire. Depuis le fameux jour qu'au trône de Cyrus Le choix du sort plaça l'heureux Assuérus*.

AMAN

Ce songe, Hydaspe, est donc sorti de son idée?

HYDASPE

Entre tous les devins fameux dans la Ghaldée,

* On a jusqu'ici excusé dans ce vers uno prétendue faute de grammaire, en faveur de la vivacité du tour ; mais, en examinant mieux la chose, je trouye que la grammaire est ici d'accord avec la poésie, et qu'il est plus correct de dire qui le fuit que qui lefuyoit : le sommeil fuit encore Assuérus au moment où parle Hydaspe. (G.)

î Cet usage des rois de Perse, qui prenoient soin de conserver la mémoire de ce qui se passoit de plus mémorable sous leur règne, est attesté par Hérodote, liv. VIII, et par Thucydide, liv. I. (G.)

S On a déjà vu, dans la préface à^^Esther, que Racine avoit adopté l'opinion de dom Calmet et de quelques autres savants interprètes, qui pensent qu'Assuérus est le même que Darius, fils d'Hystasjje. Si l'on en croit Hérodote (liv. III), la ruse, plus que le sort, contribua à placer ce prince sur le trôiie de Perse. (G.)

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