‹ Œuvres dramatiques, avec les notes de tous les commentateurs, publ. par m. Aimé-MartinChapitre 283 sur 397 · ACTE II, SCÈNE I · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE I

Il a fait assembler ceux qui savent le mieux Lire en un songe obscur les volontés des cieux... Mais quel trouble vous-même aujourd'hui vous agite? Votre ame en m'écoutant parait tout interdite : L'heureux Aman a-t-il quelques secrets ennuis ?

AMAN

Peux-tu le demander dans la place où je suis ?

Haï, craint, envié, souvent plus misérable

Oue tous les malheureux que mon pouvoir accable!

HTDASPE.

Hé! qui jamais du ciel eut des regards plus doux? Vous voyez Tunivers prosterné devant vous.

AMAN

L'univers! Tous les jours un homme... un vil esclave D'un front audacieux me dédaigiy et me brave.

HTDASPE.

Quel est cet ennemi de l'État et du roi ?

AMAN

Le nom de Mardochée est-il connu de toi ?

HYDASPB.

Qui? ce chef d'une race abominable, impie?

AMAN

Oui, lui-même.

HTDASPE.

Hé, seigneur! d'une si belle vie Un si foible ennemi peut-il troubler la paix?

AMAN

L'insolent devant moi ne se courba jamais'. En vain de la faveur du plus grand des monarques Tout révère à genoux les glorieuses marques; Lorsque d'un saint respect tous les Persans touchés

1 u II n'y avoit que Mardochée qui ne fléchissoit point le genou devant lui, et qui ne Tâdoroit point. » (Esth., ch. m, vers. 2.) — Ce n'étoit point par insolence ni par orgueil que Mardochée refusoit cet hommage au favori d'Âssuérus : c'étoit par principe de religion ; et ce noble motif, qui relève encore le caractère de ce vertueux Israélite, est clairement énoncé dans l'éloquente prière que l'historien sacré met dans sa bouche. (Voyez £»<A., ch. xiii, vers. 12, 13, 14.) (G.)

4Ô2 ESTHER

PTosent lever leurs fronts à la terre attachés ^

Lui, fièrement assis, et la tète immobile.

Traite tous ces honneurs d'impiété servile,

Présente à mes regards un front séditieux,

Et ne daigneroit pas au moins baisser les yeux !

Du palais cependant il assiège la porte :

A quelque heure que j'entre, Hydaspe, ou que je sorte,

Son visage odieux m'afQige et me poursuit;

Et mon esprit troublé le voit encor la nuit.

Ce malin j'ai voulu devancer la lumière :

Je l'ai trouvé couvert d'une affreuse poussière.

Revêtu de lambeaux, tout pâle; mais son œil *

Conservoit sous la cendre encor le même orgueil

D'où lui vient, cher ami, cette impudente auda'cc?

Toi, qui dans ce palais vo||^ tout ce qui se passe ^,

Crois-tu que quelque voix ose parler pour lui ?

Sur quel roseau fragile a-t-il mis son appui?

HTDASPE.

Seigneur, vous le savez, son avis salutaire Découvrit de Tharès le complot sanguinaire. Le roi promit alors de le récompenser.

Le roi, depuis ce temps, parait n'y plus penser.

AMAN

Non, il faut à tes yeux dépouiller l'artifice*. J'ai su de mon destin corriger l'injustice :

» Voltaire afibiblit ce tour, en ôtant l'inversion, lorsqu'il fait dite son Mahomet, acte II, se. v :

Et je verrois leurs fronts attachés à la terre. (G.)

S Comme ce vers est coupé par ces mots tout pâle, dont l'effet est pittoresque à l'imagination et à l'oreille I (L.) s Ce vers est une réminiscence du vers suivant de Bajazet :

Toi qui dans ce palais sais tout ce qui se passe.

* La Harpe croit voir ici un défaut de justesse dans le dialogue. Aman ne lui paroît pas répondre directement à ce que vient de dire Hydaspe. Ce prétendu défaut de justesse n'est qu'un effet de l'art : Aman, troublé par sa haine, n'est occupé que de l'insolence de Mardochée ; et, tout entier au dépit et à la vengeance, il répond à âa passion plus qu'aux discours d'Hydaspe. (G.)

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