‹ Œuvres dramatiques, avec les notes de tous les commentateurs, publ. par m. Aimé-MartinChapitre 284 sur 397 · ACTE II, SCENE I · texte numérisé non relu

ACTE II, SCENE I

Pans les mains des Persans jeune enfant apporté, Je gouverne l^empire où je fus acheté ^ ; Mes richesses des rois égalent Topulence; Environné d'enfants soutiens de ma puissance, Il ne manque à mon front que le bandeau royal. Cependant (des mortels aveuglement fatal l ) De cet amas d'honneurs la douceur passagère Fait sur mon cœur à peine une atteinte légère ; Mais Mardochée assis aux portes du palais * Dans ce cœur malheureux enfonce mille traits ; Et toute ma grandeur me devient insipide Tandis que le soleil éclaire ce perfide '.

HTDASPE.

Vous serez de sa vue affranchi dans dix jours : I^ nation entière est promise aux vautours^.

1 II faut admirer l'énergique brièveté de ce vers, et Toppositiofi hardie qui nous fait voir dans celui qui gouverne l'empire le même homme qui y fut vendu comme esdave. Ce n'est pas là une antithèse puérile, mais un contraste frappant. On ne peut dire plus en moins de mots. (G.)

2 <f Aman sortit donc cejour-Ià fort content et plein de joie, et ayant vu que Mardochée, qui étoit assis devant la porte du palais, nonseulement ne s'étoit pas levé pour lui faire honneur, mais ne s' étoit pas même remué de la place où il étoit, il en conçut une grande indignation... Quoique j'aie tous ces avantages, je croirai n'avoir rien, tant que je verrai le Juif Mardochée demeurer assis devant la p^rte du palais du roi quand je passe. » (Esih., ch. v, vers. 9 et 13.)

3 II faut bien permettre aux poètes de mettre tandis que au lieu de tant que, quand cela leur est commode. C'est ainsi que Voltaire a dit:

Celui qne, par deux fois, mon père a?ait vaincu, Et qu'il tint enchaîné tandis qu'il a féeu.

Mais il ne faut pas oublier que ces deux mots ne sont pas synonymes, et ne disent point du tout la même chose. Tandis que exprime un temps indéterminé : tant que signifie tout le temps déterminé par la phrase, et c^est toujours bien fait de ne pas les confondre. Au reste, Mardochée n'est TiuUement perfide, même envers Aman; mais la puissance orgueilleuse et blessée ne mesure pas les qualifications ; les plus odieuses sont pour elle les meilleures. Le mensonge des paroles est un caractère propre aux méchants. (L.)

( Promise aux vautours : expression de la plus singulière énergie, et que Racine ne doit qu'à lui seul. (G.)

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