‹ Œuvres dramatiques, avec les notes de tous les commentateurs, publ. par m. Aimé-MartinChapitre 285 sur 397 · II. 2& J · texte numérisé non relu

II. 2& J

4r.4 ESTHER.

AMAN

Ah! que ce temps est long à mou impatience ! (Vest lui, je te veux bien confier ma vengeance *, <:'est lui qui, devant inoi refusant de ployer, . Les a livrés au bras qui les va foudroyer. C.'étoit trop peu pour moi d'une telle victime * : foi vengeance trop foible attire un second crime. Tu homme tel qu'Aman, lorsqu'on Tose irriter, Dans sa juste fureur ne peut trop éclater. Il faut des châtiments dont l'univers frémisse; Qu'on tremble en comparant l'ofi'ense et le supplice; Que les peuples entiers dans le sang soient noyés. Je veux qu'on dise un jour aux siècles effrayés : « Il fut des Juifs, il fut une insolente race; <( Répandus sur la terre, ils en couvroient la face ; « Un seul osa d'Aman attirer le courroux, « Aussilôt de la terre ils disparurent tous s. »

RTDASPE.

('e n'est donc pas, seigneur, le sang amalécite Dont la voix à les perdre en secret vous excite?

AMAN

Je sais que, descendu de ce sang malheureux, Une éternelle haine a dû ra'armer contre eux;

1 Ellipse pour le motif de ma vengeance. Il y a peut-être quelque équivoque dans les termes : car confier à quelqu'un sa vengeance, c'est se reposer sur quelqu'un du soin d'être vengé; mais le sens par lui-même est si clair, qu'il ne résulte de cette manière de s'exprimer aucune ambiguïté réelle. (G.)

« « Mais il compta pour rien de se venger seulement de Mardochéc : et, ayant su qu'il étoit Juif, il aima mieux entreprendre de perdre toute la nation des Juifs qui étoient dans le royaume d'Assuérus. r Esth., ch. III, vers. 6.)

s Les littérateurs modernes regardent comme ridicule la vengeance d'un ministre qui, pour punir un seul homme, veut exterminer toute une nation. Ils ne connoissent guère ni l'ivresse du pouvoir, ni les mœurs de l'Orient, où rien n'est plus ordinaire que de voir d'insensés despotes sacrifier des familles, des villes, des provinces entières à leur ressentiment contre un seul coupable. Ils disent que cela n'est pas théâtral : rien, au contraire, n'est plus propre à inspirer la terreur que ces exemples épouvantables d'une férocité et d'une rage aveugle, armée d'un pouvoir sans bornes. (G.)

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