‹ Œuvres dramatiques, avec les notes de tous les commentateurs, publ. par m. Aimé-MartinChapitre 4 sur 397 · ACTE I, SCÈNE I. il · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE I. il

Qui, par un soin jaloux dans Tombre retenus. Si voisins de ses yeux, leur étoient inconnus. Que te dirai-je enfin? la sultane, éfterdue. N'eut plus d'autre désir que celui de sa vue.

OSMIN

Mais pouvoient-ils tromper tant de jaloux regards Qui semblent mettre entre eux d'invincibles remparts?

ACOMAT

Peut-être il te souvient qu'un récit peu Hdèle De la mort d'Amurat fit courir la nouvelle. La sultane, à ce bruit feignant de s'clTrayer, Par des cris douloureux eut soin de l'appuyer. Sur la foi de ses pleurs ses esclaves tremblèrent ; De l'heureux Bajazet les gardes se troublèrent; Et les dons achevant d'ébranler leur devoir. Leurs captifs dans ce trouble osèrent s'entrevoir. Roxaue vit le prince; elle ne put lui taire L'ordre dont elle seule étoil dépositaire. Bajazet est aimable ; il vit que son salut Dépendoit de lui plaire, et bientôt il lui plut. Tout conspiroit pour lui : ses soins, sa complaisance, Ce secret découvert, et cette intelligence, Soupirs d'autant plus doux qu'il les falloit celer. L'embarras irritant de ne s'oser parler *, Même témérité, péi^ls, craintes communes. Lièrent pour jamais leurs cœurs et leurs fortunes. Ceux mêmes dont les yeux les dévoient éclairer,

dise les raisons, qu'on peut parler des charmes d*un homme dans un pays où les femmes sont esclaves et renfermées. ( L.)

1 Ce morceau est un de ceux que Voltaire répétoit avec le plus de plaisir, et qu'il nous faisoit admirer le plus dans cette scène, où tout lui paroissoit admirable. Il n'y a point dliomme de goût qui n'y ait remarqué, comme lui, cet art de la narration, plus difficile ici qu'ailleurs, puisqu'il s'agissoit de rendre vraisemblable, par le choix des circonstances, une liaison aussi singulière que celle de la sultane avec Bajazet, dans la situation où ils sont l'un et l'autre, et au milieu de tant d'obstacles et de périls. Cette fiction de la mort d'Amurat, qui est de l'invention du poëte, est un coup de maître. Le poëte s'est occupé de fonder son avant-acènef comme où fonde VacUon même «çaa».^ «^ reut prévenir toute objection. (L.)

<8 FAJAZET.

Sorlis de leur devoir, n'osèrent y rentrer.

OSMIN

Quoi ! Roxaue, d'abord leur découvrant son ame, Osa-t-elle à leurs yeux faire éclater sa flamme?

ACOMAT

Ils fignorent encore ; et, jusques à ce jour,

Atalide a prêté son nom à cet amour.

Du père d'Amurat Atalide est la nièce;

Et même avec ses fils partageant sa tendresse.

Elle a vu son enfance élevée avec eux.

Du prince, en apparence, elle reçoit les vœux ;

Mais elle les reçoit pour les rendre à Roxane, ^

Et veut bien, sous son nom, qu'il aime la sultane.

Cependant, cher Osmin, pour s'appuyer de moi.

L'un et l'autre ont promis Atalide à ma foi ^.

OSMIN

Quoi! vous l'aimez, seigneur?

ACOMAT

Voudrois-tu qu'à mon âge Je fisse de l'amour le vil apprentissage * ? Qu'un cœur qu'ont endurci la fatigue et les ans Suivît d'un vain plaisir les conseils imprudents ? C'est par d'autres attraits qu'elle plaît à ma vue : J'aime en elle le sang dont elle est descendue. Par elle Bajazet, en m'approcbant de lui. Me va contre lui-même assurer un appui. Un vizir aux sultans fait toujours quelque ombrage ; A peine ils l'ont choisi, qu'ils craignent leur ouvrage. Sa dépouille est un bien qu'ils veulent recueillir. Et jamais leurs chagrins ne nous laissent vieillir.

1 L'un et l'autre, c'est-à-dire Roxane et Bajazet. Luneau Boisjermain demande comment Bajazet, qui aime et est aimé d' Atalide, a pu promettre cette princesse à Âcomat : c'est que Bajazet ne se fait aucun scrupule de tromper Acomat, et qu'il s'en fait beaucoup trop de tromper Roxane. Nous verrons que cette contradiction est un des défauts de son rôle. (L.)

S Comme ces deux vers élèvent tout d'un coup le vizir à sa Juste lUMiteur, et lui donnent une place à part dans une révolution politique aà. l'amour doit jouer un si grand rôle, ainsi que cela doit être dans le serai], et dans le sérail où commande Roxane \ ^1k\

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