II. r>i
iMi diverses classes pour servir tour à tour dans le temple, d'un jour de sabbat à Tautre. Les prêtres rtoient de la famiUe d'Aaron ; et il n'y avoit que ceux de cette famille * lesquels pussent exercer la sacrificature. I^s lévites leur étoient subordonnés, et uvoienl soin, entre autres cboses, du chant, de la préj)aration des victimes, et de la garde du temple*. Ce nom de lévite ne laisse pas d'être donné quelquefois indifféremment à tous ceux de la tribu. Ceux qiji ôtoient en semaine avoient, ainsi que le grand prêtre, leur logement dans les portiques ou galeries dont le temple étoit environné, et qui faisoient partie du tem- [)le même. Tout l'édifice s'appeloit en général le lieu !?iaint: maison appeloit plus particulièrement de ce nom celte partie du temple intérieur où étoient le cliandelier d'or, Taulel des parfums, et les tables des pains de proposition ; et cette partie étoit encore distinguée du Saint des saints, où était Tarche, et où le grand prêtre seul avoit droit d'entrer une fois Tannée. C'étoit une tradition assez constante que la montagne sur laquelle le temple fut bâti étoit la même montagne oîi Abraham avoit autrefois offert en sacrifice son fils Isaac.
J'ai cru devoir expliquer ici ces particularités, afin que ceux à qui l'histoire de l'Ancien Testament ne sera, pas assez présente n'en soient point arrêtés en lisant cette tragédie. Elle a pour sujet Joas reconnu
1 u II n'y avoit que oeux de cette famille lesquels pu«sent. » II faloit quipussent. Peut-être Racine n'a-t-il mis lesquels que pour éviter de faire levers : Qui pussent exercer la sacrificalure. {Acad.)
S On ne doit pas dire avoir soin du chant, ni de la garde du temple.
(Acad.)
et mis sur le trône; etj'aurois dû, dans les règles, rintituler Joas ; mais la plupart du monde n'en ayant entendu parler que sous le nom d'Athalie, je n'ai pas jugé à propos de la leur présenter sous un autre titre, puisque d'ailleurs Athalie y joue un personnage si considérable * , et que c'est sa mort qui termine la pièce. Voici une partie des principaux événements qui devancèrent cette grande action.
Joram, roi de Juda, fils de Josaphat, et le septième roi de la race de David, épousa Athalie, fille d'Achab et de Jézabel, qui régnoicnt en Israël, fameux l'un et l'autre, mais principalement Jézabel, par leurs saii*glantes persécutions contre les prophètes*. Athalie, non moins impie que sa mère, entraîna bientôt le roi son mari dans l'idolâtrie, et fit même construire dans Jérusalem un temple à Baal, qui étoit le dieu du pays de Tyr et de Sidon, où Jézabel a voit pris naissance. Joram, après avoir vu périr par les mains des Arabes et des Philistins tous les princes ses enfants, à la réserve d'Ochozias, mourut lui-même misérablement d'une longue maladie qui lui consuma les entrailles. Sa mort funeste n'empêcha pas Ochozias d'imiter son impiété et celle d' Athalie sa mère. Mats ce prince, après avoir régné seulement un an, étant allé rendre visite au roi d'Israël , frère d' Athalie , fut enveloppé dans la ruine de la maison d'Achab, et
1 Âthalic est un personnage de la tragédie ; elle n*y joue point uii persqnnage : il falloit dirc^owc un râle, ou est vn personnage. (Acad.)
î II n'est point indifférent d'observer ici que le père d' Athalie n'étuit point de la race de David : car il s'ensuit qu'Athalie, sa petitefille, ne pouvoit être regardée par les Juifs que comme une personne fort étrangère à la succession de leurs rois. (î*. B.i
lue par Tordre de Jéhu, que Dieu avoit fait sacrer par ses prophètes pour régner sur Israël, et pour être le ministre de ses vengeances. Jéhu extermina toute la postérité d'Achab, et fit jeter par les fenêtres Jézabel , qui , selon la prédiction d'Élie , fut mangée des chiens dans la vigne de ce même Naboth qu'elle avoit fait mourir autrefois pour s'emparer de »on héritage. Athalie, ayant appris à Jérusalem tous ces massacres, entreprit de son côté d'éteindre entièrement la race royale de David, en faisant mourir tous les enfants d'Ochozias, ses petits-fils. Mais heureusement Josabeth, sœur d'Ochozias, et fille de Joram, mais d'une autre mère qu 'Athalie, étant arrivée lorsqu'on égoirgeoit les princes ses neveux, elle trouva moyen de dérober du milieu des morts le petit Joas encore à la mamelle, et le confia avec sa nourrice au grand prêtre son mari, qui les cacha tous deux dans le temple, où l'enfant fut élevé secrètement jusqu'au jour qu'il fut proclamé roi de Juda. L'JJtV toire des Rois dit que ce fut la septième année d'aiH*ès. Mais le texte grec des Paralipomènes, que Sévère Sulpice 1 a suivi, dit que ce fut la huitième. C'est ce qui m'a autorisé à donner à ce prince neuf à dix ans, pour le mettre déjà en état de répondre aux questions qu'on lui fait.
1 J'ignore pourquoi Racine a transposé les noms de cet historien ecclésiastique : on le nomme ordinairement Sulpice Sévère. On lui doit on Abrégé de VhUloire sacrée et ecclésiastique^ depuis la création du monde jusqu'au consulat de Stilicon, Tan 4U0 de Jésns>Christ* Cet ouvrage, très bien fait, lui a mérité le nom de Salluste chrétien. Il est de plus auteur d'une Vie de saint Martin de Tours , composée pendant la vie de ce saint évêque. Sulpice Sévère étoit né à Agen ; il mourut vers l'année 420. ( G.)
PRÉFACE. m*
Je crois ne lui avoir rien fait dire qui soit au-dessus de la portée d'un enfant de cet âge qui a de Fesprit et de la mémoire. Mais quand j'aurois été un peu au delà, il faut considérer que c'est ici un enfant tout extraordinaire, élevé dans le temple par un grand prêtre, qui, le regardant comme Tunique espérance de sa nation, Tavoit instruit de bonne heure dans tous les devoirs de la religion et de la royauté. ' Il n'en étoit pas de même des enfants des Juifs, que de la plupart des nôtres : on leur apprenoit les saintef^ lettres, non-seulement dès qu'ils avoient atteint l'usage de la raison *, mais, pour me servir de l'expression de saint Paul, dès la mamelle. Chaque Juif étoit obligé d'écrire une fois en sa vie, de sa propre main, le volume de la loi tout entier. Les rois étoieni même obligés de l'écrire deux fois *, et il leur étoit enjoint de l'avoir continuellement devant les yeux. Je puis dire ici que la France voit en la personne d'un prince de huit ans et demi ', qui fait aujourd'hui ses plus
1 On ne dit pas atteindre V usage de la raison^ comme on dit atteins dre l'âge de la raison, {Acad.)
* Ce<i«te Racine avance ici n*est nullement exact. 4o Chaque Jnil n'étoit point obligé d^écrire le volame de la loi. Cela s'eût été possible chez aucun peuple. Le commun des Juifs étoit si peu instruit, qu'il falloit, tous les sept ans, dans Tannée sabbatique, lire la loi au peuple assemblé, de peur qu'il ne Foubliât. 2o Les rois n'étoient obligés d'écrire, et, suivant plusieurs interprètes, de ne faire écrire qu'une copie de la loi. Le passage de l'Ecriture qui prescrit cette «bligation la restreint même au Deutéronome. ( Acad.)
S Louis de France, duc de Bourgogne, flls de Monseigneur, élèrc de Fénelon, pour iequel il conserva le plus vif attacbement. Sa mort prématurée et celle de son épouse plongèrent la France dans le deuil. Le duc de Bourgogne fit éclater dès son enfance un esprit fort supérieur à son âge. Né en 1682, il n'avoit réellement que btii^ ans et demi dans les premiers mois de 1691, lorsque Bacine fit cette préface (G.)
i^ rUFAŒ.
»i^i«r- irzéxe^. u.i ciciiipk liiuïCne de ce 'li»« lin -.-: T&nt un heur^ui naturel aidé d'i !rfii£ e«i :«..iCi-.ri : el que si j'atoïs doané J'*ii^ U i;iè[i;r %1-iwitT: vt le même discenM tin Ile Ht diu-^ ]e> ref^^irtie^ de ce jeune p
li'jur-a a.tii?*' a^*x rai9«>n il"aTt;4r pêche ( rc.-le* de h ^niïembUiKe.
l/ije de Zdchirie. ti!> du inMnd prêtre |Niint iiian{iié. on peuî !ui suppi.>er. si V dt'iii ou tp.«i« an< de plu? qu'à Jo«i>.
J'ai <ui%i l'eiplicitiôn de plusieurs commi f-irt habiles, qui prouvent, par le texte ménii i-riture. que tuus ces s«ildats à qui Joîda, < romme il e<t appelé dans Jusèphe. fit prendi mes consacrées à Dieu par Da%id. étoient a prêtres et de lévites, aussi bien que les cîn nien» qui les comniandoient. En effet, disent < prêtes, tout devoit être saint dans une si saint et aucun profane n*y devoit être employé. Il xjit non-seulement de ctmserver le sceptre maison de David, mais encore de conserver à roi cette suite de descendants dont devoit i Messie : <c Car ce Messie, tant de fois promis fils d'Abraham, devoit être aussi le lils de Da^ tons les rois de Juda. » De là vient que Til] savant prélat * de qui j*ai emprunté ces pan |)elle Joas le précieux reste de la maison de Josèphe en parle dans les mêmes termes ; e
1 M. de Meaux. iXote de Racine.\ Les paroles que Bs de citer sont tirées de V Histoire unirerselle de Bossuet, 8e< tie,sect. IV. G.)
préface: 487
ture dit expressément que Dieu n'extermina pas toute la famille de Joram, voulant conserver à David: la lampe qu'il lui avoit promise. Or, cette lampe, qtt'é^ toit-ce autre chose que la lumière qui devoit être uii jour révélée aux nations?
L'histoire ne spécifie point le jour où Joas fut pro-* clamé. Quelques interprètes veulent que ce fut ua jour de fête. J'ai choisi celle * de la Pentecôte, qui étoit l'une des trois grandes fêtes des Juifs. On y célébroit la mémoire de la publication de la loi sur le mont de Sinaï*, et on y offroit aussi à Dieu les première pains de la nouvelle moisson ; ce qui faisoit qu'on la nommoit encore la fête des prémices. J'ai songé que ces circonstances me fourniroient quelque variété pour les chants du chœur.
Ce choeur est composé de jeunes filles de la tribu de Lévi, et je mets à leur tête une fille que je donne pour sœur à Zacharie. C'est elle qui introduit le chœur chez sa mère. Elle chante avec lui, porte la parole pour lui, et fait enfin les fonctions de ce personnage des anciens chœurs qu'on appeloit le cory-r phée. J'ai aussi essayé d'imiter des anciens cette continuité d'action qui fait que leur théâtre ne demeure jamais vide, les intervalles des actes n'étant marqués que par des hymnes et par des moralités du ehœur; qui ont rapport à ce qui se passe.
On me trouvera peut-être un peu hardi d'avoir osé
1 Un jour de fête, j'ai choisi celle. Fête étant pris indéfiniment et sans article, l'emploi du pronom celle n'est pas grammaticalement exact : il eût été mieux de dire : J'ai choisi la fête de, etc. [Acad.)
'*'Le mont de Sinaïi Ilj ialloit supprimer la préposition, et dire 'r mont Sinaï. [Acad.)
a» PRÉFACE.
iiiettix> tfur la scène un prophète inspire de Dieu, et qui prédit Tavenir. Mais j'ai eu la précaution de ne mettre dans sa bouche que des expressions tirées des prophètes mêmes. Quoique T Écriture ne dise pas en termes exprès que Joîda ait eu l'esprit de prophétie, comme elle le dit de son fils, elle le représente comme un homme tout plein de Tcsprit de Dieu. Et d'ailleurs ne paralt-il pas, par TÉvangile, qu'il a pu prophétiser en qualité de souverain pontife? Je suppose «lonc qu'il voit en esprit le funeste changement de Joas, qui, après trente ans d'un règne fort pieux, s'abandonna aux mauvais conseils des* flatteurs, et se {«oui lia du meurtre de Zacharie, fils et successeur de ce grand prêtre. Ce meurtre, commis dans le temple, fut une des pnncipales causes de la colère de Dieu contre les Juif^, et de tous les malheurs qui leur arrivèrent dans la suite. On prétend que depuis ce jour-là (es réponses de Dieu cessèrent entièrement dans le sanctuaire. C'est ce qui m'a donné lieu de faire prédire de suite à Joad ^ et la destruction du temple et la ruine de Jérusalem. Mais comme les prophètes joignent d'ordinaire les consolations aux menaces, et que d'ailleurs il s'agit de mettre sur le trône un des ancêtres du Messie, j'ai pris occasion de faire entrevoir la venue de ce consolateur, après lequel tous les anciens justes soupiix)ient. Cette scène, qui est une espèce d'épisode» amène très naturellement la musique, par la coutume qu'avoient plusieurs prophètes d'entrer dans leurs saints transports au son des instruments : témoin cette troupe de prophètes qui Tinrent
• 1 f:"aire prédire à Joad. IL Taut par Joad. i^Acad^
au-devant de Saûl avec des harpes et des lyres qu'on portoit devant eux ; et témoin Elysée lui-même, qui, étant consulté sur Tavenir par le roi de Juda et par le roi d'Israël, dit, comme fait ici Joad : Adduciie mihi psaliem ^ Ajoutez à cela que cette prophétie sert beaucoup à augmenter le trouble dans la pièce, par la consternation et par les différents mouvements où elle jette le chœur et les principaux acteurs *.
1 «Faites-moi venir un joueur de harpe. » (Chap. ii«. vers 16 du liv. IV des Roig.)
< Le silence que l'auteur garde sur la conduite de sa pièce, dans la prérace, est remarquable. Dans ses autres préfaces, il a coutume de parler de l'économie de sa tragédie, du succès qu'elle a eu, ou des critiques qu'elle a essuyées; il se contente, dans celle-ci, d'instruire le lecteur du sujet, et ne dit rien de la manière dont il l'a teaité, ni de ce qu'il pense de son ouvrage. Conrnie cette tragédie n'avoit point été représentée, il ignoroit l'impression qu'elle pouvoit faire sur ks spectateurs ; ainsi il n'ose en rien dire : il est incertain si elle plaira aux lecteurs; il attend le jugement du public. Il ne soupçonnoit pas alors que dans la S4ite il lui seroit si favorable. (L. R.)
PERSONNAGES '
JOAS, roi de Juda, fils d'Ochozias.
ATHAUB, veuve de Joram, aïeule de Joas.
JOAD , autrement Joîada , grand prêtre.
JOSABETH, Unte de Joas, femme du grand prêtre.
ZACHARIE, fils de Joad et de Josabelh.
SALOMITH , sœur de Zacharie.
ABNER, l'un des principaux officiers des rois de Juda.
AZARIAS, ISMAEL, et les trois autres chefs des prêtres
ET DES LEVITES.
MATHAN, prêtre apostat, sacrificateur de Baal.
NABAL, confident de Matban.
AGAR, femme de la suite d'Athalie.
Troupe de prêtres et de lévites.
Suite d'Athalie.
La Nourrice de Joas.
CHQBUR de jeunes filles de la tribu de I.ÉVI.
I^ scène est dans le temple de Jérusalem, dans un vestibule de l'appartement du grand prêtre.
« Le jeudi 3 mars 17 I6y A thalie fut représentée pour la première fois sur le Théâtre-François ; les acteurs qui y jouèrent d'original étoient :
JOAD. Beaubourg.
ATHALIE. Mademoiselle Desmares.
JOSABETH. Madame DucLOs.
MATHAN. Dancourt.
zacharie. Madame Dancourt.
JOAS. Laurent , fils du concierge.
Le nom des autres acteurs ne nous est pas parvenu.
àTHÀLIE