JOAD, ABNER
ABNER
Oui, je viens dans son temple ado^e^^Éle^nel;
Je viens, selon Tusage antique et solennel,
Célébrer avec vous la fameuse journée
Où sur le mont Sina la loi nous fut donnée.
Que les temps sont changés! Sitôt que de ce jour
La trompette sacrée annonçoit le retour.
Du temple, orné partout de festons magniflqucs,
Le peuple saint en foule inondoit les portiques ;
Et tous, devant Tautel avec ordre introduits.
De leurs champs dans leurs mains portant les nouveaux fruits,
t Cette pièce devoit être jouée à Sàint-Cyr le Ict janvier 1690; des intrigues s'y opposèrent. Cependant elle fut représentée deux fois à Versailles, dans la chambre de madame de Maintenon, devant le roi, parles demoiselles de Saint-Cyr avec leurs habits ordinaires. Racine la fit imprimer en 1691.
Ce fut seulement au mois de février 1702 qn^Athalie fut représentée trois fois à Versailles, par des personnes de la cour et un seul acteur, Baron. •
JOAD
Baron.
ATHALIE
La présidente de ChaILLY.
ABNER
Le duc d'OatÉANS.
La duchesse de Bourgogne.
JOAS
Le comte d'EsPARE.
MATHAN
Le duc d'AYEN.
SALOMITH.
La comtesse de Noailles.
ZACHARIE
M. Chamferon.
402 ATHALIE
Au Dieu de runivcrs consacroient ces prémices :
Les prôtres ne pouvoient sufl&re aux sacrifices.
L*audace d^une femme, arrêtant ce concours.
En des jours ténébreux a changé ces beaux jours.
IXadorateurs zélés à peine un petit nombre
Ose des premiers temps nous retracer quelque ombre :
Le reste pour son Dieu montre un oubli fatal ;
Ou même, s*empressant aux autels de Baal ^
Se fiiit initier à se^ honteux mystères,
Et blasphème le nom qu'ont invoqué leurs pères *.
Je tremble qu'Athalie, à ne vous rien cacher,
Vous-même de Pautel vous faisant arracher,
ITachève enfin sur vous ses vengeances funestes.
Et d'un respect forcé ne dépouille les restes ^.
/ JOAD
D'où vous vient aujourd'hui ce noir pressentiment ?
1 Baal, idole des Phéniciens, adoptée par les habitants du royaume d'Israël, qui méloient au culte de cette fausse divinité des cérémonies infâmes. (O.)
I Le reste étant le nominatif de la phrase, il semble qu'il faudroit «M pères : mais le resté est un nom collectif qui s^accorde trèa bien avec le pluriel. Racine a préféré avec raison leurs pères, à cauae de ses mystères^ qui se trouve dans le vers précédent, et se rapporte à Baal. \0.)
> Dans ce peu de vers Racine a fait connottre le caractère d'Athalie, celui de Joad, le jour de l'action, et le lieu de la scène, qui est le vestibule du temple. L'attention que Racine a eue jusqu'ici de déterminer le lieu de la scène parott être la suite des remarques particulières qu'il avoit ftdtes sur Sophocle. On lit dans l'exemplaire de cet auteur qui lui appartenoit, et qui est actuellement à la bibliothèque du Roi, la note suivante, écrite de sa main : « Sophocle a un soin merveilleux « d'établir de bonne heure le lieu de la scène ; il se sert ici d'un arti- '< fice très agréable, en introduisant un vieillard qui montre les envi- « rons d'Argos à Oreste, qui en avoit jeté enlevé tout jeune. Le Philoc- « téte, du même auteur, commence à peu près de même : c'est Ulysse » qui montre à Pyrrhus tout jeune l'ile de Lemnos, où ils tout, et par M où l'armée avoit passé. "VOBdipe colonéen s'ouvre par Œdipe aveu- .< gle, qui se fait décrire par Antigène le lieu où il est. Ces trois ouver- .< tures, quoique un peu semblables, ne laissent pas d'avoir une très •< grande diversité et des couleurs merveilleuses. » [ÊUctrt de Sophocle, acte I, se. I.) (L. B.)