ACTE I, SCÈNE I
ABNER
Pensez-vous èire saint et juste impunément?
Dès longtemps elle hait cette fermeté rare
Qui rehausse en Joad Téclat de la tiare ;
Dès longtemps votre amour pour la religion
Est traité de révolte et de sédition.
Du mérite éclatant cette reine jalouse
Hait surtout Josabelh, votre Gdèle épouse.
Si du grand prêtre Aaron Joad est successeur.
De notre dernier roi Josabeth estja sœur >.
Mathan, d'ailleurs, Mathan, ce prêtre sacrilège.
Plus méchant qu'Athalie, à toute heure Passiége;
Mathan, de nos autels infâme déserteur,
Et de toute vertu zélé persécuteur.
t'/cst peu que, le front ceint d'une mitre étrangère.
Ce lévite à Baal prête son ministère;
Ce temple l'importune, et son impiété
Voudroit anéantir le dieu quMl a quitté.
Pour vous perdre il n'est point de ressorts qu'il n'invente;
Quelquefois il vous plaint, souvent même il vous vante <;
Il affecte pour vous une fausse douceur ';
1 Joad, dit-on, savoit bien que sa femme étoit fille de Joram et sœur d'Ochozias : ce n'est donc pas pour instruire Joad, mais pour instruire le spectateur qu'Abner rappelle l'illustre naissance de Josabeth. Observation fausse.] Abner n'insiste sur la noblesse de cette origine que pour faire sentir qu'elle est pour Athalie un nouveau motif de haïr, dans l'épouse de Joad, une princesse du sang royal, que ce titre, joint à ses vertus, rend si recommandable aux yeux du peuple. (G.)
i On lisoit, dans la première édition de 1691 :
Pour TOUS perdre il n'est pas de ressorts qu'il ne jone; Qdelquefois il tous plaint, souTent même il tous looe.
Les amis de Racine lui représentèrent qu'on ne dit point ^oucr, mais faire jouer des ressorts. L'auteur changea ce vers dans la seconde édition, faite peu de temps après la première. (L. R.)
8 L'Académie a condamné fausse douceur^ joint avec affecter. En effet, on dit bien affecter une grande douceur^ mais une douceur affectée est toujours fausse, c'est l'hypocrisie qui a pris les traits de la vertu : ainsi on n'aflfecte jamais une fausse douceur, parce qu'on ne peut vouloir affecter l'hypocrisie. — Le portrait de Mathan est admirable pour sa érité : il peint bien un fourbe consommé, un scélérat, un hypocr ite^ uxv
484 ATUALIE*
Et, par là de son fiel colorant la noirceur, Tantôt à cette reine il tous peint redoutable, Tantôt, voyant pour Tor sa soif insatiable, Il lui feint qu'en un lieu que vous seul connaissez *, Vous cachez des trésors par David amassés. Enfin, depuis deux jours, la superbe Atbalic Dans un sombre chagrin paraît ensevelie. Je fobservois hier, et je voyois ses yeux Tancer sur le lieu saint des regards furieux : Gomme si, dans le fond de ce vaste édifice, . Dieucacboit un vengeur armé pour son supplice 2. Croyez-moi, plus j'y pense, et moins je puis douter^
mauvais prêtre, en un mot, capable de tout quand il se joue de Dieu. (L. B.) — Tacite a dit que, de tous nos ennemis, ceux qui prennent le parti de nous louer sont toujours les plus dangereux. Pessiwium inimicorum genus laudanles, (L. R.)
' 1 Cette phrase est un pur latinisme doublement hardi. D'abord, dans le langage ordinaire, on ne diroit point : Il feint qu'en un tel endroit il y a un trésor : on diroit il suppose. Feindre ne s'entend que d'une action simulée. De plus, on ne diroit paa/eindre à quelqu'un : ce sont les Latins qui disent /n2:t7 illi, illi mentitus est, avec un verbe qui suit. Cette locution est donc une de celles que Racine empruntoit des anciens, pour- introduire dans not;^ langue, et surtout dans notre poésie, des constructions précises et rapides, et les substituer à nos circonlocutions languissantes. (L.)
* Ce soupçon d'Abner est une préparation très adroite ^u dénouement. Son est beaucoup trop éloigné d'Athalie ; mais telle est la clarté du sens, que le pronom ne peut se rapporter qu'à elle. (G.)
8 Un peu^ de logique suffit pour concevoir que la conjonction et se trouve ici de trop, et même pourroit donner lieu à un contre-sens, puisqu'elle travestit des propositions corrélatives en propositions copulatives. J'en offrirai un exemple : Plus on lit Racine, plus on l'admire. Il y a dans cette ])hrase deux propositions simpleè : on lit Racine^ et on radmire, lesquelles, prises séparément, n'ont point encore de rapport ensemble. Pour les unir, et n'en faire qu'une phrase, je n'ai qu'à dire on lit Racine, et on Vadmire. Mais, si je veux Caire entendre que l'une est à l'autre ce qu'est la cause à l' effet, et l'antécédent au conséquent, alors il ne s'agit plus de les unir : il faut marquer le rapport qu'elles ont ensemble. Or, c'est à quoi nous servent ces adverbes comparatifs, plus, moins, et mieux, dont l'un est toujovrs nécessaire à la tête de chaque ptoposVlVotv, «.xvw^ \jq\v;q\t cédersa place, ni souffrir un autre mot avaTvl\u\. \Ty^O .\ — \j\. t^Q\.<i t-^N- YsàXfc^xsak^