‹ Œuvres dramatiques, avec les notes de tous les commentateurs, publ. par m. Aimé-MartinChapitre 327 sur 397 · ACTE I, SCENE I · texte numérisé non relu

ACTE I, SCENE I

« Par de stériles vœux pensez-vous m'honorer? « Quel fruit me revient-il de tous vos sacrifices? « Ai-je besoin du sang des boucs et des génisses? « Le sang de vos rois crie, et n'est point écouté. « Rompez, rompez tout pacte avec Timpiété ; « Du milieu de mon peuple exterminez les crimes; « Et vous viendrez alors m'immoler vos victimes. »

ABNER. '

Hé! que puis-je au milieu de ce peuple abattu?

Benjamin est sans force, et Juda sans vertu :

Le jour qui de leurs rois vit éteindre la race

Éteignit tout le feu de leur antique audace *.

Dieu même, disent-ils, s'est retiré de nous :

De r honneur des Hébreux autrefois si jaloux,

Il voit sans intérêt leur grandeur terrassée;

Et sa miséricorde à la fin s'est lassée:

On ne voit plus pour nous ses redoutables mains ^

De merveilles sans nombre effrayer les humains ;

L'arche sainte est muette, et ne rend plus d'oracles^.

JOAD

Et quel temps fut jamais si fertile en miracles? Quand Dieu par plus d'effets montra-t-il«on pouvoir? Aura&-tu donc toujours des yeux pour ne point voir^. Peuple ingrat? quoi ! toujours les plus grandes merveilles

Mange-t-il la chair des taureaux?

Mais il a évité le mot bouc, qui est un des plus ignobles de notre langue. Racine l'ennoblit par la manière dont il l'a placé, et par une sorte d'opposition avec roi. Qu'ai-je besoin du »ang des houes 1 Le sang de vos rois crie. La bassesse même du mot fait mieux ressortir le contraste. (G.)

1 Le jour qui vit éteindre éteignit : il eût été plus exact de dire vif éteindre aussi. (G.) — Un jour gui éteignit n*est pas une image juste. Le jour voit éteindre^ et n'éteint pas.

t T.a répétition du mot voit^ à un vers de distance, est une négligence légère. (G.)

« " Nous ne voyons plus les signes éclatants de notre Dieu ; il n'y a plus de prophète, et nul ne nous connoîtra plus. « ( Ps. lxxiii, v. 9.

* u Vous qui voyez tant de choses, n'observez-vous pas ce oja*. ^^>j.v> voyez 1 Vous qui avez les oreilles ouveTlw,TCca\«w^«ir-^wj&^«v5\\.\ ^^ Isa., eb. xuj, vers. 20.)

TiO» ATHALIE.

Sans ébranler ton conir frappatmt tes oreilles? Faat-il, Alnier, faat-il tous rappeler le cours Des prodiges fameux accomplis en nos jours ? Des tynins d*Israêl les célèbres disgrâces <, Et Dieu truuvé fidèle en toutes ses menaces; I/impie Acliab détruit, et de son sang trempé Ijq champ que par le meurtre il avoit usurpé >; Près de ce champ fatal Jézabel immolée, Sous les pieds des cheTaux cette reine foulée ', Dans son sang inhumain les chiens désaltérés S Et de son corps hideux les membres déchirés ; Des prophètes menteurs la troupe confondue, El la flamme du ciel sur Tautel descendue'; Élie aux éléments parlant en souverain.

Les cieux par lui fermés et devenus d'airain ^,

t C'est à ce vert que commence la plus belle et la plus éloquente «numération qui jamais ait signalé la verve d'un poëtc françois. C'est une suite de quatorze vers, dort chacun retrace, du style le plus précis et le plus énergique, un miracle fameux et un mémorable trait d'histoire. (Voyez les chap. ix, x, xiv, xx et xxiii du liv. in des Hais, et le chap. IX du liv. IV.) Quelle hardiesse dans ces expressions : Dieu fidèle en tet menacéf, Achab détruit, etc. 1 (G.)

ï Inversion hardie, qui fait voir qu'entre les mains d'un véritable poëte notre langue est moins foible et moins timide qu'on ne le croit. Le champ dont il s'agit est la vigne de Naboth, que Jézabel, femme d' Achab, usurpa par le meurtre du propriétaire ; et ce fut daus ce champ qu'elle fut* dévorée par les chiens. (G.)

3 »« Jéhu leur dit : Jetez-la du haut en bas. Aussitôt ils la Jetèrent par la fenêtre, et la muraille fut teinte de son sang ; et elle fut foulée aux pieds des chevaux. « (Rois, liv. IV, ch. ix, vers. 33.) — Plus il y a de familiarité dans cette façon de parler, /ow/ec sous les pieds des chevaux, et plus elle devient énergique quand c'est à une reine que ce malheur arrive. Essayez de mettre coursiers à la place de chevaux vous détruisez toute l'image. (G.)

^ « Les chiens mangeront la chair de Jézabel dans le champ de Jezrahel. »» (RoiSy liv. IV, ch. ix, vers. 36.)

S Les prophètes de Baal s'étoient flattés de faire descendre le feu du ciel sur la victime ; ils ne purent y réussir ; mais, à la voix des prophètes du Seigneur, la flamme descendit sur l'autel, dévora la victime et les faux prophètes. ( G.)

8 Les cieux /erméSj exptessioTi em'çt\»v\éft de l'Écriture : DowUnus claudat cœlum. [Deuter, cap. xi, 'veta. VI .^ Si clau*um J>»«ns.cotVaM»..

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