ACTE II, SCÈNE V. 5f
Entretient dans mon cœur un chagrin qui le rongo : Je révite partout, partout il me poursuit.
C'étoit pendant l'horreur d'une profonde nuit; Ma mère Jézabei devant moi s'est montrée, Comme au jour de sa mort pompeusement parée ; Ses malheurs n'a voient point abattu sa fierté; Même elle avoit encor cet éclat emprunté Dont elle eut soin de peindre et d'orner son visage S Pour réparer des ans l'irréparable outrage : (( Tremble, m'a-t-elle dit, fille digne demoi : a Le ciniel Dieu des Juifs l'emporte aussi sur toi. « Je te plains de tomber dans ses mains redoutables, <( Ma fille. » En achevant ces mots épouvantables. Son ombre vers mon lit a paru se baisser ; Et moi je lui tendois les mains pour l'embrasser; Mais je n'ai plus trouvé-qu'un horrible mélange D'os et de chairs meurtris, et traînés dans la fange*,
dre une foule d'objets différents avec des traits pins vrais, plus variés, plus énergiques; et ces traits expriment non-seulement les choses, mais le caractère du personnage. C'est peu de tant de perfection : ce songe a un mérite unique, quç Voltaire le premier a relçvé il y a longtemps. Tous les autres songes qui se rencontrent dans nos tragédies ne sont que des hors-d'œuvre plus ou moins brillants : celui d'Âthalie seul est le principal mobile de l'action. Il motive la venue d'Athalie dans le temple, le désir qu'elle a de voir Joas, et les frayeurs qui l'engagent ensuite à demander cet enfant. Il amène cette discussion où la bassesse féroce de Mathan est mise en opposition avec la bonté courageuse et compatissante d'Âbner. Enfin il donne lieu à cette scène aussi neuve que touchante, où Athalie interroge Joas. Elle a été si souvent louée, elle est toujours si universellement sentie, que tout détail seroit superflu. (L.) — Ces observations sont vraies; toutefois, il ne faut pas en conclure qu'un songe doit être le principal mobile d'une action : c'est cependant le sens des ^paroles de La Harpe. Un songe ne doit être qu'un hors-d'œuvre plus ou moins brillant, se rattachant à l'action, et pouvant en accroître l'intérêt.
1 « Jéhu vint ensuite à Jezrahel ; et Jézabei, ayant appris son arrivée, se peignit les yeux avec du noir, mit ses ornements sur sa tête, etc. »» (Rois, 1. IV, ch. IX, vers. 30.)
s Si l'épith^te meurtris se rapportoit à c/tfftr, elle ne seroit ni au masculin ni an pluriel ; elle ne peut se rapporter seulement à ©«•; on ne dit point des os meurtris; il la faut rapçortex «aix ô^^str. xCkaN&VX^ fois. (L. R.)
520 ATHALIE
Des lambeaux pleins de saug, et des memlires «ffiranx Qne des chiens dévorants se disputoîent entfe eux *.
ARNER.
(îrand Dieu!
ATHALIE
Dans ce désordre à mes yeux se présente Un jeune enfant couvert d'une robe éclatante. Tels qu'on voit des Hébreux les prêtres revêtus^. Sa vue a ranimé mes esprits abattus ; Mais lors((ue, revenant de mon trouble funeste, J'admirois sa douceur, son air noble et modeste. J'ai senti tout à coup un hpmicide acier Que le traître en mon sein a plongé tout entier. De tant d'objets divers le bizarre assemblage Peut-être du hasard vous parait un ouvrage : Moi-même quelque temps, honteuse de ma peur. Je l'ai pris pour l'effet d'une sombre vapeur. Mais (le ce souvenir mon ame possédée A deux fois en dormant revu la même idée ^ ; Deux fois mes tristes yeux se sont vu retracer Ce même enfant toujours tout prêt à me percer. Lasse enlin des horreurs dont j'étois poursuivie, J'allols prier Baal de veiller sur ma vie. Et chercher du repos au pied de ses autels : Que ne peut la frayeur sur l'esprit des mortels !
" 1 Et étant allés pour l'ensevelir, ils n'en trouvèrent que le crâne, les pieds, et l'extrémité des mains... Les chiens mangeront la chair de Jézabel dans le champ de Jezrahel. m {Rois , 1. IV, ch. ijc, vers. 35 et 36.) s II faut tel au singulier, ou dire tels on voit des. ( Acad.) 8 Suivant l'Académie, on ne peut pas dire revoir une idée, comme on dit revoir une image. Le mot idée signifie quelquefois la trace que laisse un objet : on dittiès bien : Je n*ai aucune idée de cela; on dit encore d'un homme qu'tZ n'est heureux qu'en idée. Mais, dans ces deux exemples, le mot idée est pris tantôt pour souvenir, tantôt pour imagination : on ne peut jamais le prendre pour l'image elle-même. L'auteur d'Emile a donné des mots idée et image une définition très exacte, qui trouve ici son- application. « Il y a, dit-il, cette différence entre .< les unes et les autres, que les images ne sont que des peintures ab. " salues des objets sensibles, et que les idées sont des notions des ob- "jeta déterminés par dos rappottî^. '^