‹ Œuvres dramatiques, avec les notes de tous les commentateurs, publ. par m. Aimé-MartinChapitre 344 sur 397 · ACTE II, SCENE V · texte numérisé non relu

ACTE II, SCENE V

Cest moi qui prête ici ma voix au malheureux ! Et vous, qui lui devez des entrailles de père, Vous, ministre de paix dans les temps de colère, Couvrant d'un zèle faux votre ressentiment. Le sang à votre gré coule trop lentement! Vous m'avez commandé de vous parler sans feinte, Madame : quel est donc ce grand sujet de crainte? Un songe, un foible enfant que votre œil, prévenu, Peut-être sans raison croit avoir reconnu.

ATHALIE

Je le veux croire, Abner; je puis m' être trompée : Peut-être un songe vain m'a trop préoccupée. Hé bien ! il faut revoir cet enfant de plus près; 11 en faut à loisir examiner les traits. Qu'on les fasse tous deux paraître en ma présence *.

ABNER

Je crains...

ATHALIE

Manqueroit-on pour moi de complaisance?

De ce refus bizarre où seroient les raisons? Il pourroit me jeter en d'étranges soupçons. Que Josabeth, vous dis-je, ou Joad les amène. Je puis, quand je voudrai, parler en souveraine. Vos prêtres, je veux bien, Abner, vous l'avouer. Des bontés d'Athalie ont lieu de se louer. Je sais sur ma conduite et contre ma puissance Jusqu'où de leurs discours ils portent Ja licence :

• On ne peut s'empêcher d'admirer ici avec quel art Racine sait faire ressortir dans cliaque scène les idées principales. Le régime du pronom par lequel Âthalie se contente d'indiquer les enfants qu'elle ordonne d'amener devant elle est placé quarante vers plus haut, et cependant un tel éloignement ne donne lieu à aucune équivoque. Il n'est personne, soit à la scène, soit à la lecture, qui ne se reporte aussitôt, par la pensée, à ce vers :

Deux enfants à Tante) prétoient leur ministère.

Aucun écrivain n'offre un semblable exemple, et il seroit dangereux de vouloir l'imiter. Il n'appartenoit de braver aussi heureusement les règles de la grammaire qu'à celui qui a su trouver dans notre laxsJijift. assez de noblesse, de pompe et d'haimome , ^owx \;i \w:t^ '^^^'^'^ "^^ "^ Divinité d^nne manière digne d'eWe.

524 ATHAUE.

Ils vivent ce|>eiidant, et leur temple est debout. Mais je sens que bientôt ma douceur est à bout. Que Joad mette un frein à son zèle sauvage, . Et ne m'irrite point par un second outrage. Alloz.

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