SCÈNE VIL
JOAS, ATHAUE, JOSABETH, ZACHARÎE, SALOMITH,
ABNER, DEUX LÉVITES, LE CHOEUR, SUITE D'ATHALIE. JOSABETH, aut deux lévites.
O vous! sur ces enfants si chers, si précieux, Ministres du Seigneur, ayez toujours les yeuiu
ABMEQ, àJosabelh.
Princesse, assurez- vous, je les prends sous ma garde ^
ATHALIE
o ciel! plus j'examine, et plus je le regarde... C'est lui ! D'horreur encor tous mes sens sont saisis.
(montrant Joas.)
Épouse de Joad, est-ce là votre fils*'
JOSABETH
Qui? lui, madame?
ATHALIE
Lui.
JOSABETH
Je ne suis point sa mère.
; montrant Zacharie.i
Voilà mon fils.
ATHALIE , à Joas.
Et VOUS, quel est donc votre père?
Jeune enfant, répondez *.
JOSABETH
Le ciel jusque aujourd'hui...
1 Assurer poiir rassurer. Du temps de Racine ce mot s^employoit encore en ce sens. Il est très ancien : on ]e trouve dans la traduction de Plutarque par Âmyot, tome XVI, p. 30. Aujourd'hui assurer^ avec un régime direct, signifie certifier. Le mot étoit inutile, Racine n'a pu le conserver.
s Cette expression , /eune en/an t, parott convenir à cet âge où l'on n'est plus précisément un enfant, et où l'on n'est pas encore un jeune homme. Cet âge est celui de Joas, à qui le poëte donne neuf à dix ans. Le mot adolescent n' étoit pas du style tragique, et n;eû.t-^«&\%Sti^<L«sc«nottre l'âge véritable de Joas. ^L.)
Pourquoi vous pressez-vous de répondre pour lui ? C'est à lui de parler.
JOSABETH
Dans un âge si tendre Quel éclaircissement en pouvez-vous attendre?
ATHALIE
Cet âge est innocent : son ingénuité N'altère point encor la simple vérité.
Laissez-le s'expliquer sur tout ce qui le louche.
JOSABETH , tout bas.
Daigne mettre, grand Dieu, ta sagesse en sa bouche ^ l
ATHALIE
Comment vous nommez-vous?
JOAS
J'ai nom Éliacin s.
ATHALIE
Votre père ?
JOAS
Je suis, dit-on, un orphelin Entre les bras de Dieu jeté dès* ma naissance, Et qui de mes parents n'eus jamais connoissance.
ATHALIE
Vous êtes sans parents?
JOAS
Ils m'ont abandonné ^
Comment? et depuis quand?
JOAS
Depuis que je suis né.
ATHALIE
Ne sait-on pas au moins quel pays est le vôtre?
1 Ce vers prépare et justifie tout ce qu'il y aura d'étoniiant dans les réponses de Joas, suivant ce mot de l'Ecriture : m Ex ore infantium « et lactentium perfecisti luadem tuam. »» |Ps. viii, v. ',i,) (L.)
s Phrase latine : Nomen habere Petrum. Elle a passé ici , comme ayant quelque chose de naïf; mais elle n'est pas ^introduite dans le langage de ceux qui parlent bien : Je me nomme , je m'appelle , mon ' nom est, voilà les phrases françoises : mon nom est Nérestan. (L.)
3 « Mon père et ma mère m'ont abandonné. » (Ps. xxvi,.ver8. 10,)