‹ Œuvres dramatiques, avec les notes de tous les commentateurs, publ. par m. Aimé-MartinChapitre 347 sur 397 · ACTE II, SCENE VII · texte numérisé non relu

ACTE II, SCENE VII

JOAS

Ce temple est mon pays ; je n'en connais point d'autre.

ATHALIE

Où dit-on que le sort vous a fait rencontrer ?

JOAS

Parmi des loups cruels prêts à me dévorer * .

ATHALIE

Qui vous mit dans ce temple?

JOAS

Une femme inconnue, Qui ne dit point son nom, et qu'on n'a point revive.

ATHALIE

Maïs de vos premiers ans quelles maiiis-ont pris soin?

JOAS

Dieu laissa-t-il jamais ses enfants au besoin ^ ? Aux petits des oiseaux il donne leur pâture, Et sa bonté s'étend sur toute la nature. Tous les jours je l'invoque; et d'un soin paternel . II me nourrit des dons offerts sur son autel.

ATHALIE

Quel prodige nouveau me trouble et m'embarrasse ? La douceur de sa voix, son enfance, sa grâce 3,

i Athalie épuise toutes les questionsMe la curiosité et de la défiance, et ne. peut parvenir à surprendre un mot qui l'éclairé sur ce qu'elle cherche. Plus les interrogations sont pressantes, plus on est charmé de la voir toujours confondue par la simplicité des réponses de l'enfant. Quel art dans ce vers :

Parmi des loups cruels prêts à me dévorer !

On présume naturellement que c'est là tout ce qu'ont dit à Joas ceux qui l'ont élevé-; et cela se confirme dans la suite, lofsqu'il dit au grandprêtre :

Un malheureux enfant aux ours abandonné, etc.

On ne l'a point trompé , et il ne trompe point. Mais à combien de choses il falloit penser pour que cela fût ainsi! (L.)

s Traduction du verset 9 du psaume CXLVI : u Qui dat escam puUis M corvorum invocantibus eum. »

*3 Rien n'est plus adroit ni mieux placé que ce mouvement de pitié que l'auteur donne à Athalie. Il est si naturel , si involontaire, et si rapide, qu'Athalie peut l'éprouver sans sortir de son caractère ; et

Font ini^ensiblement à mon inimitié SucaHler... Je serois sensible à la pitié?

ABNKR.

IfaKlanie, voilà donc cet ennemi terrible? De vos songes menteurs Timposture est visible, A moins que la pitié qui semble vous troubler ^ Ne soit ce coup fatal qui vous faisoit trembler.

ATHALIE , à Joas et à Jovabeth.

Vous sortez*?

JOSABETH

^ Vous avez entendu sa fortune ^ :

Sa pri^sencc à la lin pourroit être importune.

ATHALIE

à Joa*.;

Non : revenez. Quel est tous les jours votre emploi ?

JOAS

J'adore le Seigneur; on m'explique sa loi, Dans son livre divin on m'apprend à la lire ; Et déjà de ma main je commence à l'écrire ^,

d'&illeurs le reproche qu'elle s'en fait la rend sur-le-champ à ellemême ; mais ce qu'il y a de plus heureux, c'est que l'impression qu'elle manifeste confirme celle du spectateur en la justifiant. Bien des gens seroient peut-être tentés de se reprocher l'efifet que produit sur eux la naïveté du langage d'un enfant ; mais, lorsque Athalie elle-même n'y résiste pas, qui pourroit avoir honte d'y céder t (L.)

1 Cette interprétation est forcée sans doute, et n'en marque que mieux l'empressemeut d'Abner pour écarter Athalie. Louis Bacine, trop prompt à condamner son père, n'approuve pas qu'Abner emploie l'ironie en parlant à la reine. Mais il n'y a point d'ironie, il y a de la fermeté et une noble hardiesse dans le langage d'Abner ; il parle de la manière la plus p(t>pre à dissiper les frayeurs de la reine, en lui présentant le songe qui l'inquiète comme une illusion méprisable, comme une bagatelle indigne d'occuper une grande ame. (G.)

s Avec quelle adresse Racine coupe ici une scène extrêmement longue, et par là renouvelle l'intérêt ! En voyant sortir Josabeth avec l'enfant, le spectateur respire et croit le danger passé, lorsque tout à coup Athalie faisant revenir l'enfant excite de nouvelles alarmes. ( Q.)

3 II est impossible de dire avec plus de précision , et en même temps plus poétiquement : Votts avez entendu le récit de tout gui lui êst arrivé, (G.) * QneWe sagesse dans lo\i\e& ce% tév«ï»^%\'SA. t«ç«Bià»sk\. ^^. v^ en

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