ACTE II, SCENE VH
Laissez là cet habit, quittez ce vil métier ^ ; Je veux vous faire part de toutes mes richesses; Essayez dès ce jour l'effet de mes promesses. A ma table, partout, à mes côtés assis, Je prétends vous traiter comme mon propre fils *.
JOAS
Comme voire fils ?
ATHALIE
Oui... Vous vous taisez?
JOAS
Quel père
cette interruption a donné un moment pour réfléchir, revient à son système de perfidie et de séduction. (G.)
' Le mot métier ne peut être admis qu'avec une expression qui le fortifie, comme le métier des armes. II est heureusement employé ici par Racine dans le sens le plus bas. (Volt.)
< Voltaire prétend que Joad et Josabeth u n'ont autre chose à faire <t qu'à prendre Âthalie au mot; qu'il est naturel qu'une vieille femme *< aime son petit-fils quand elle n'a point d'autre héritier ; quMl est na- .< turel qu' Athalie s'attache à Joas et lui laisse son petit royaume, etc.»» Mais qui jamais, à moins de vouloir qu'il n'y ait point de pièce, auroit imaginé qu'Eliacin et Joas sont la même chose pour Athalie! Qui jamais se persuadera que, parcequ'un enfant inconnu et orphelin lui a plu un moment par les grâces et la naïveté de son esprit, elle va de suite en faire son héritier! Lui dira-t^on : « Cet enfant que vous voulez traiter comme votre fils est en effet votre petit-fils ; il est le frère de tous les princes que vous avez tués ; il est le dernier de cette race que vous avez cru exterminer tout entière ; il est le légitime maître de ce sceptre dont vous vous êtes emparée. C'est lui dont le ciel 'vous menace, et qui vous poursuit en songe un poignard à la main. Que pouvez-vous faire de mieux que de le reconnoître pour ce qu'il est ? Que pouvons-nous faire de mieux que de le remettre entre vos mains! »» S'il se pouvoit que Joad et Josabeth eussent tenu ce discours ( et c'est exactement celui que Voltaire veut leur faire tenir), la réponse n'est , pas douteuse : elle est d&ns la scène même que Voltaire veut changer d'une façon si étrange, et la voici (acte II, se. vu) :
, Enfin de votre Dieu l'iinplacable vengeance Entre nos deux maisons rompît toute alliance. David m'est en horreur, et les fils de ce roi , Quoique nés de mon sang, sont étrangers pour moi.
Ces paroles et un coup de poignard, voilà iik(av\\\Vi\««v'«v\.\^ \^>{»wçcs«: d' Athalie. | L.)
%r,2 • ATHALIE.
Je quillerois! el pour...
ATBALIE.
Hé bien?
JOAS
Pour quelle mèn»î
ATHALIE , à Josahcth.
Sa iiicmoire est Kdèle; et, dans tout ce qu'il dit, I)e vous et de Joad je reconnois Tesprit * . Voilà comme, infectant cette simple jeuuesse. Vous (employez tous deux le calme où je vous laisse. Vous cultivez déjà leur haine et leur fureur * ; Vous ue leur prononcez mon nom qu'avec horreur.
JOSABETH
Peut-on de nos maibeurs leur dérober Thistoire? Tout riiiiivei*s les sait ; vous-même en faites gloire.
ATHALIE
Oui, ma juste fureur, et j'en fais vanité, A vengé mes parents sur ma postérité '. J'aurois vu massacrer et nion père et mou frère.
1 C'est la première eL la seule fois qu'on a imaginé de tirer du charme de l'enfance tout l'intérêt d'une scène tragique. Il n'y en a pas de plus touchant, et l'on sait qu'au théâtre cette scène affecte délicieusement toutes les âmes, sans nuire cependant à l'efTet de la tragédie, puisque l'on craint d'autant plus pour l'enfant, qu'on l'aime davantage. (L.)
î Cultiver la haine : que cette figure est hardie ! mais qu'elle est iuste I (L.)
3 « Athalie, mère d'Ochozias, voyant son fils mort, s'éleva contre les princes de la race royale, et les fit tous tuer. » [Rois^ liv. IV, ch. XI, vers. 1.) Athalie avoit dit à Abner et à Mathan, acte II, se. v :
Je ne veux point ici rappeler le passé,
Ni TOUS rendre raison du sang quo j'ai versé;
mais, irritée des réponses de l'enfant et du dernier reproche que vient de lui adresser Josabeth, elle s'engage dans l'apologie du plus horrible attentat que le cœur d'une mère ait jamais osé concevoir ; elle exhale, sans réserve et sans dissimulation, tonte son impiété et toute sa rage, dans cette tirade d'une éloquence et d'une énergie extraordinaire ; c'est l'expression la plus vive et la plus naturelle d'un emportement qm fait frémir. (G.^