ACTE III, SCÈNE VII
Du lombeau, quand tu veux, tu sais nous rappeler ;
Tu frappes et guéris, tu perds et ressuscites ^
lis ne s'assurent point en leurs propres mérites,
Mais en ton nom sur eux invoqué tant de fois.
En tes serments jurés au plus saint de leurs rois *,
En ce temple où tu fais ta demeure sacrée.
Et qui doit du soleil égaler la durée.
Mais d'où vient que mon cœur frémit d'un saint effroi ?
Est-ce Tesprit divin qui s'empare de moi ?
C'est lui-même; il m'échauffe, il parle : mes yeux s'ouvrent,
Et les siècles obscurs devant moi se découvrent.
Lévites, de vos sons prétez-moi les accords.
Et de ses mouvements secondez les transports. .
LE CHOEUR chante au son de toute la symphonie des instruments.
Que du Seigneur la voix se fasse entendre. Et qu'à nos cœurs son oracle divin
Soit ce qu'à l'herbe tendre Est, au printemps, la fraîcheur du matin ^.
Cieux, écoutez ma voix; terre, prête l'oreille ^. Ne dis plus, 6 Jacob, que ton Seigneur sommeille! Pécheurs, disparoissez : le Seigneur se réveille ^.
) L'opposition entre perdre et ressusciter n'est pas assez marquée. Dans le passage de TÉcriture imité par Racine^ ce contraste est plus frappant : m Tu flagellas et salvas^ deducis ad inferos et reducis. » — M Tu frappes et guéris, tu conduis aux enfers, et tu en ramènes. » ,lT0B., cap. XIII, vers. 2.) (G.)
s Juret" un serment, un serment juré, sont absolument contraires à l'usage de la prose; mais en poésie ce sont des expressions hardies, énergiques. Ces sortes de redoublements de mots ne sont ék>angers à aucune langue. Les Grecs et les Latins en offrent de nombreux exemples. (L.)
> M Que mes paroles se répandent comme la rosée et comme les gouttes de l'eau du ciel qui tombe sur l'herbe. >» {Deuter.^ ch. xxxir, vers. 2.)
^ « Audite, cœli, quee loquor; audiat terra verba oris mei. » {Dent,, cap. XXXII, vers. 1.) .
S Racine a c^u pouvoir s'affranchir ici de la règle, en mettant à la suite les unes des autres trois rimes féminines. Huit vei& ^\>a& Va.^^ <ïi>x^ trouve encore trois rimes masculines. ïe\3LX-%\t« «l-V-C^ «>». t^-e^^^vwN»
552 ATUALIE
Ici recommence la symphonie, et Joad aussitôt reprend la parole. .
C'oiuiDcnt en un plomb vil For pur s*est-il changé ^ *?
Quel est dans le lieu saint ce pontife égorgé < ?
Pleure, Jérusalem, pleure, dté perûde»
Des prophètes divins mallmureuse homicide :
l)e son amour pour toi ton Dieu s*est dépouillé;
Ton encens à ses yeux est un encens souillé *,
Où menez- vous ces enfants et ces femmes^? 1^ Seigneur a détruit la reine des cités ^ : Ses pi'ètres sont captifs, ses rois sont rejetés; Dieu ne veut plus qu'on vienne à ses solennités ^ : Temple, renverse-toi, cèdres, jetez des flammes.
Jérusalem, objet de ma douleur,
plus propre à peindre le désordre des idées dansuii moment d'inspiration.
1 Ce vers se rapporte à Joas, dont le règne ne répondit point a l'heureuse éducation qu'il avoit reçue de Joad. Le commencement de cette inspiration est pris de ce verset de Jérémie : k Quomodo obsca- << ratum est aurum, miitatus est color optimust » — « Comment l'or s'est-il obscurci t comment a-t-il changé sa couleur, qui étoit si belle! » [Lament. Jerem,, cap. iv, vers. 1.)
« Zacharie. {Note de JRacine.) — La plupart ont dit que l'auteur détruit ici l'intérêt pour Joas, en prévenant sans nécessité les auditeurs que Joas doit un jour faire égorger le fils de son bienfaiteur. Plusieurs ont voulu excuser cet endroit comme langage prophétique, (lui ne fait pas naître une idée distincte. Les critiques ont «épondu ciue si le discours du grand prêtre ne porte aucune idée, il est inutile; s'il présente quelque chose de réel, comme on n'en peut dbater par les notes de l'auteur, il détruit l'intérêt. Les antres ont répliqué que Tintérêf principal de la pièce ne porte point sur Joas, mais sur l'accomplissement des promesses de Dieu en faveur de la race de David. {Acad.)
8 Dieu dit lui-même dans Isaïe, ch. i, vers. 13 : «« L'encens m'est en abomination. »
* Captivité de Babylone. {Note de JRacine.)
5 M La maîtresse des nations est devenue comme veuve ; la reine des provinces a été assujettie au tribut. » ( Jerem., chap. i, vers. 1.)
6 u Je hais vos solennités des premiers jours des mois, et toutes les autres; elles me sont devenue&.i cVvatçe/. ieauis las de les souflrir. » (Is., ch. II, vers. 14.)