‹ Œuvres dramatiques, avec les notes de tous les commentateurs, publ. par m. Aimé-MartinChapitre 385 sur 397 · ACTE r, SCENE II · texte numérisé non relu

ACTE r, SCENE II

(( A deux conditions peuvent se racheter :

« Qu'avec Éiiacin on mette en ma puissance

(( Un trésor dont je sais qu'ils ont la connaissance,

« Par votre roi David autrefois amassé,

<( Sous le sceau du secret au grand prôtre laissé.

« Va, dis-leur qu'à ce prix je leur permets de vivre*. »

JOAD

Quel conseil, cher Abner, croyez-vous qu'on doit suivre *?

ABNER

•Et tout l'or de David, s'il est vrai qu'en eflFet * Vous gardiez de Dayid quelque trésor secret; Et tout ce que des mains de cette reine avare Vous avez pu sauver et de riche et de rare. Donnez-le. Voulez-vous que d'impurs assassins Viennent briser l'autel, brûler les chérubins ^, Et, portaut sur notre arche une main téméraire, De votre propre saiig souiller le sanctuaire?

Mais siéroit-il, Abner, à des cœurs généreux

1 On a blâmé le choix qu'Athalie fait d'Abner pour porter au grand prêtre ses dernières propositions ; elle ne pouvoit pas en faire un meilleur ; car elle a craint de perdre le trésor dans le pillage du temple, comme elle l'avoue ici ; et si quelqu'un pouvoit engager l'inflexible Joad à des mesures de conciliation, c'était certainement Abner. Tel est l'avantage d'un plan bien conçu, que chaque objection y /ait découvrir un mérite, et que l'injustice des critiques montre la sagesse de l'auteur. (L.)

2 Cette invention d'un Irésor cachée qui est de l'auteur, est très ingénieuse, tl s'ensuit qu'Athalie, trompée par son avarice^ a Tair de se précipiter elle-même dans le piège au lieu d'y être attirée par Joad. II n'y songeoit nullement ; il vouloit même aller la chercher jusque dans 9on palais, mais elle vient se livrer entre ses mains. Il voit que c'est Dieu qui la conduit à sa perte, et il laisse faire Dieu et son «n- * nemie. C'est ce que Louis Racine a très bien senti et expliqué. (L.)

3 D'impurs assassins, les Tyriens qui composoient l'armée d'Athalie : tous les incirconcis étoient impurs. Brûler les chérubins. •< Il (Salomon) fit dans l'Oracle (le sanctuaire) deux chérubins de bois d'olivier, qui avoient dix coudées de haut. »» (RinSy liv. III , ch. vi, vers. 23.) Ces deux chérubins couvroient l'arche de leurs ailes, et enfermoient l'arche et les deux autres chérubins d'or ^ue M^<i\"%fcis?»<»\^. placés au-dessus. (G.)

576 ATHAiIe.

De liYrer au supplice un enfant malheureux. Un enfiint que Dieu même à ma garde confie. Et de nous racheter aux dépens de sa vie?

ASNEl.

iiolas! Dieu ?oit mon cœur. Plût à ce Dieu puissant

Ou*Athalie oubliât un enfant innocent.

Et que du sang d'Ahner sa cruauté contente

Crût calmer |>ar ma mort le ciel, qui la tourmente!

Mais que |>cuvenl pour lui vos inutiles soins?

Quand vous périrez tous, en périra-t-il moins?

Dieu vous ordonne-t-il de tenter Timpossible?

Pour obéir aux lois d'un tyran inflexible,

Moîs(% |)ar sa mère au Nil abandonné.

Se vil, presque en naissant, à périr condamné;

Mais Dieu, le conservant contre toute espérance.

Fil pur le tyran même élever son enfance.

Qui sait ce qu'il réserve à votre Éliacin;

Et si, lui préparant un semblable destin.

Il n'a |>oint de pitié déjà rendu capable

De nos malheureux rois Thomicide implacable?

Du moins, et Josabctb comme moi Ta pu voir,

Tantôt à son aspect je l'ai vu s'émouvoir ' ;

J'ai vu de son courroux tomber la violence.

Princesse, en ce péril vous gardez le silence !

Hé quoi ! |)our un enfant qui vous est étranger

Souffrez-vous que sans fruit Joad laisse égorger

Vous, son lils, tout ce peuple, et que le feu dévore

Le seul lieu sur la terre où Dieu veut qu'on t'adore ?

Que feriez-vous de plus, si des rois vos aïeux

Ce jeune enfant étoit un reste précieux ?

JOSABETH , Umt Imu à Joad.

' Pour le sang de ses rois vous voyez sa tendresse :

> Suivant la remarque de rAcadémie, la grammaire uxigcoit jt l'ai vue. s'émouvoir, j'ai vu elle qui s'émouvoit. Voltaire a Tait la mtme faute dans la scène ii de Tacte lY de Tancrède; mais on sait qae Voltaire prétcndoit que si dans ce cas on ne laissoit pas aux poëtes la liberté de taire le participe déclinable ou indéclinable à volonté, ils dévoient renoncer à taue des \eis. MtiA^té cette décision, la règle subsiste, même pour les poClea.

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