ACTE IV, SCENE V
Zatimc? Bagazet en est-41 amoureux i?
Vois-tu, dans ses discours, qu'ils s'entendent tous deux?
ZATIME.
Elle n'a point parlé : toujours évanouie. Madame, elle ne marque aucun reste de vie > Que par de longs soupirs et des gémissements Qu'il semble que son cœur va suivre à tous moments. Vos femmes, dont le soin à Tenvi la soulage, Ont découvert son sein pour leur donner passage. Moi-même, avec ardeur secondant ce dessein. J'ai trouvé ce billet enfermé dans son sein > : Do prince votre amant j'ai reconnu la lettre, Et j'ai cru qu'en vos mains je devois le remettre.
ROXANE
Donne... Pourquoi frémir? et quel trouble soudain Me glace à cet objet, et fait trembler ma main ? Il peut l'avoir écrit sans m'avoir offensée; Il peut même... Lisons, et voyons sa pensée :
« ni la mort, ni vous-même,
« Ne me ferez jamais prononcer que je l'aime, « Puisque jamais je n'aimerai que vous. »
Ah! de la trahison me voilà donc instruite!
apparente, ni h la vérité de Timitation. La situation tenle nous occupe.
1 La question est familière, même dans la bouche d'une sultane, au moment d'une si grande crise : le mot amoureux, et cette façoa dt parler,yfr« amoureux de quelqu'un, doivent être bannis de la tragédie, comme exprimant une sorte d'amour qui n'est ni assez sérieux , ni asses noble. (G.)
t On diroit bien ses soupirs et ses gémissements marquetU encore un reste de vie; mais, quand le nominatif est une personne, il faut dire elle ne montre. Cest que le mot marquer ^ dans les penonnes, suppose toujours une intention ; elle marque de la Kaine, de Vamour, ^c . Ces petites distinctions tiennent à la logique de la grammaire, et dent dans un écrivain tel que Racine qu'il faut les observer, d'autant pins qu'il y manque plus rarement. (L.)
9 Le mot sein se trouve employé deux vers plus haut. Dans le vers suivant, le mot lettre signifie l'écriture. Cest la seconde fois que Bacine remploie dans ce sens. (G.)
Je reconnois Tappât dont ils m*avoient séduite. Ainsi donc mon amour étoit récompensé, L&che, indigne du jour que je t'avois laissé ! , ,
Ah! je respire enfln ; et ma joie est extrême ^ Que le traître, une fois, se soit trahi lui-même. Libre des soins cruels où j'allois m'engager, Ma tranquille fureur n'a plus qu'à se venger >. Qu'il meure : vengeonsHoous. Gourez : qu'on le saisisse. Que la main des muets s'arme pour son supplice; Qu'ils viennent préparer ces nœuds infortunés Par qui de ses pareils les jours sont terminés. Ck)urs, Zatime, sois prompte à servir ma colère.
ZATIME.
Ah, madame!
ROXANE
Qu<^ donc?
ZATIME.'
/ Si, sans trop vous déplaire, Dans les justes transports, madame, ou je vous vols, Tosois vous faire entendre une timide voix : Bajazet, il est vrai, trop indigne de vivre,. Aux mains de ces cruels mérite qu'on le livre ; Mais, tout ingrat qu'il est, croyez-vous aujourd'hui Qu'Amurat ne soit pas plus à craindre que lui? Et qui sait si déjà quelque bouche infidèle Ne l'a point averti de votre amour nouvelle? Des cœurs comme le sien, vous le savez assez. Ne se regagnent phis quand ils sont offensés ; Et la plus prompte mort, dans ce moment sévère, Devient de leur amour la marque la plus chère.
ROXANE
Avec quelle insolence et quelle cruauté *
t C'est ainsi qae l'amoar est tranquille dans ses fureurs ; et remarquez que Roxane se croit de bonne foi très tranquille, parcequ'elle est sûre de ce qui la met au désespoir. Quelle tranquillité I que les passions sont folles 1 et qu'il seroit à souhaiter qu'en les voyant si bien peintes, on n'appxlt qu'à les plaindre et à les mépriser I Mais malheureusement l'homme se fait souvent un poison de ce qui devroit être un antidote : c'est pour cela que Racine -se reprochott ses tragédies. (L.) * La réûeidon de Zatime est frappante; moit Butane, toàt entière