‹ Œuvres dramatiques, avec les notes de tous les commentateurs, publ. par m. Aimé-MartinChapitre 72 sur 397 · SCÈNE I · texte numérisé non relu

SCÈNE I

MONIME, PIIOKDIMK.

PHOEDIME.

Quoi ! VOUS êtes ici quand Mithridatc arrive ^ ! Quand, pour le recevoir, chacun court sur ia rive. Que faites-vous, madame? et quel ressouvenir Tout à coup vous arr(^te, et vous fait revenir? TToffenserez-vous point un roi qui vous adore, Qui, presque Totre époux...

MOMME.

Il ne Test pas encore, Pbœdime ; et jusque-là je crois que mon devoir Est de Tattendre ici sans Taller recev(»ir.

PHOKDIME.

Mais ce n^est point, madame, un amant onlinaire Songez qu'à ce grand roi promise par un pi^re, Vous avez de ses feux un gage solennel Qu'il peut, quand il voudra, confirmer à Tautel. Croyez-moi, montrez-vous; venez à sa rencontre.

MOMME.

Regarde en quel état tu veux que je me montre; Vois ce visage en pleurs; et, loin de le chercher 2,

1 Cette première scène ne satisfait pas Timpatience et l'avidité du spectateur ; die ne lui apprend rien de nouveau : c'est une conversation entre Monime et sa confidente, il est vrai, très touchante ; maiH c'est toujours une conversation : rien ne s'est passé dans l'entr'acte ; et les choses, an commencement du second acte, sont dans le même état où elles se trouvoient à la fin du premier. C'est un défaut très rare dans Racine. (G.)

t X« est beaucoup trop éloigné du nom auquel il se rapporte, et il semble, selon la grammaire, se rapporter à visage. Que Je m'aille cacher est une expression qui manque aujourd'hui de noblesse. Mais ce

Dis-moi plutôt, dis-moi que je m'aille cacher.

PHOEDIME.

Que dites- vous? 0 dieux!

Ah ! retour qui me tue !

Malheureuse! comment paraltrai-je à sa Tue, Sou diadème au front, et dans le fond du cœur, Phœdime... Tu m'entends, et tu vois ma rougeur.

PHOËDIME.

Ainsi vous retombez dans les mêmes alarmes

Qui vous ont dans la Grèce arraché tant de larmes ;

Et toujours Xipharès revient vous traverser *.

MONIME

Mon malheur est plus grand que tu ne peux penser : Xipharès ne s'offroit alors à ma mémoire Que tout plein de vertus, que tout brillant de gloire ; Et je ne savois pas que, pour moi plein de feux, Xipharès des mortels fût le plus amoureux...

PHŒDIME.

II vous aime, madame? Et ce héros aimable...

MONIME

Est aussi malheureux que je suis misérable. Il m'adore, Phœdime; et les mêmes douleurs Qui m'a£Qigeoient ici, le tourmentoient ailleurs.

PHŒDIME.

Sait-il en sa faveur «jusqu'où va votre estime? Sait-il que vous l'aimez ?

MONIME

Il l'ignore, Phœdime.

vers renferme une faute plus grave. Loin de signifie loin que, avec le sujet du verbe suivant; ainsi ces vers disent grammaticalement : loin que tu le cherches, dis-moi, et ce n'est pas la pensée de Racine ; il faudroit : loin de me dire de le chercher, dis-moi, etc. La même faute se retrouve dans Andromuque^ acte IV, scène v.

1 Traverser signifie susciter des obstacles. Il ne pouvoit être employé ici que dans le cas où Xipharès se seroit opposé à l'exécution des projets de Monime. Le mot troubler étoit le mot propre. JJn peu plus loin, ces mots de^ux et d! amoureux, un héros aimable aussi malheureux que Monime est misérable : tbut cela n'est pas du style de la tra^rédie.

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