‹ Œuvres dramatiques, avec les notes de tous les commentateurs, publ. par m. Aimé-MartinChapitre 78 sur 397 · SCÈNE IV · texte numérisé non relu

SCÈNE IV

MITIIRIDATE, MOMMK.

MITIIRIhATE.

Bladame, enfin le ciel pri*s de vous me nipttelle.

Et, secondant du moins nies plus lendns souhaits.

Vous rend à mon amour plus ht*lle quo jamais * .

Je ne m*attendois |kis que de iH»tre liynii''n('*<'

Je dusse voir si tant arriver la jourui*e;

M qu*en tous retrouvant, mou riNiesto retour

Fit voir mon infortune, et non pas mou auH)ur.

Cest pourtant cet amour, qui, de tant de n'traites.

Ne me laisse choisir que les lieux où vous «^tis;

Et les plus grands mallieurs |K)urnmt nw. sembler doux

Si ma prf>sence ici n*en est |»oiut un pour vous -.

Cest vous en dire assez si vous voulez m\Miteudn*.

Vous devez à ce jour dès longtemps vous attendri*:

El vous portez, madame, un gage de ma foi

Qui vous dit tous les jours que vous (Hes à moi.

.Ulons donc assurer cxîtte foi mutuelle.

Ma gloire loin d*ici vous et mol nous ai>|>elle:

Et, sans perdre un m(uneiit \Hmv ce nohie dessi*iu,

AiyounThui votre é|)0ux, il faut partir demain.

MOMMK.

Seigneur, vous |>ouvez tout : ceux par qui je respin' Vous ont cédé sur moi leur souverain empire ; Et quand vous userez de ce droit tout-puissaut. Je ne vous répondrai qu'en vous olN'issant.

* Voilà rinconvénient de ceti amours qui sont put eiix-mémos audessous du genre et du personnage. Il s'afjit bien ici du plus ou du moins de beauté. Cela ne convient (lu'à la comédie. (L..

t Ce trait de défiance et de jalousie est adroit et théâtral par l'émotion qu'il doit causer à Monime. Tout ce discours, si Ton excepte les premiers vers, n'est pas d'un amant, mais d'un maître. La fin est pleine (fart et de noblesse : on y voit uA roi qui sait allier Tamour et la ^'loin>. <*t qui est grand jusque dans sa foiblesse. (G.)

128 MITHRÏDATE.

Ainsi, prête à subir un joug qui vous opprime, Vous n'allez à Tautel que comme une victime ; Et moi, tyran d'un cœur qui se refuse au mien, Même en vous possédant, je ne vous devrai rien Ah, madame! est--ce là de quoi me satisfaire? Faut-il que désormais, renonçant à vous plaire. Je ne prétende plus qu'à vous tyranniser? Mes malheurs, en un mot, me font-ils mépriser * ? Ah! pour tenter encor de nouvelles conquêtes^, Quand je ne verrais pas de routes toutes prêles. Quand le sort ennemi m'auroit jeté plus bas. Vaincu, persécuté, sans secours, sans États, Errant de mers en mers, et moins roi que pirate, Conservant pour tout bien le nom de Mithridate, Apprenez que, suivi d'un nom si glorieux 3, Partout de l'univers j'attacherois les yeux ; Et qu'il n'est point de rois, s'ils sont dignes de l'être. Qui, sur le trône assis, n'enviassent peut-être Au-dessus de leur gloire un naufrage élevé. Que Rome et quarante ans ont à peine achevé. ^

1 Voilà d'un autre côté ce qui répare le mal . c'est parceque cet amour méprisé semble être pour Mithridate la dernière injure de la fortune, que la hauteur de son caractère forme un contraste avec su situation, et que ce contraste est douloureux et tragique. Et voyez quel parti le poète en a su tirer, parcequ'il étoit éloquent! Comme le héros s'indigne et se rehausse à cette seule idée de mépris l et avec quelle juste fierté il la repousse loin de lui l Les fautes sont ici en grande partie celles du siècle : les ressources et les réparations sont de l'auteur. (L.)

î Ici commence une magnifique période de douze vers enchaînés; l'un à l'autre avec un art admirable : période presque unique dans notre poésie, chef-d'œuvre d'harmonie et d'éloquence, qui montre ce que peut la langue françoise entre les mains d'un homme de génie. (G )

8 Suivi d'un nom : métaphore hardie, d'autant plus heureuse qu'on la remarque à peine, et que dans son audace elle paroit simple et naturelle. Racine possède seul le secret de ces figures, qui , dans son style enchanteur, sont de véritables inspirations du génie de la poésie et de l'éloquence. \ G.)

^ Ce dernier vers est si beau , qu'il suffiroit pour excuser ce qu'il pourroit y avoir de hasardé dans le naufrage élevé au-dessus d'une

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