MITHRIDATE. MONIME, XIPHARÈS
Venez, mon fils; venez, votre père est trahi.
' Un vieillard jaloux qui remet sa maîtresse sous la garde de son fils qui en est aimé , présente une situation naturellement comique. Pourquoi donc cette sctne a-t-elle un effet tragique au théâtre, et même à la lecture! Il y en a de bonnes raisons : d'abord, c'est que la cruauté jalouse et inflexible de Mithridate est déjà connue et caractérisée par les menaces qu'il a faites, et par les vengeances qu'il annonce : on doit donc craindre pourjes deux amants, et l'on vent voir comment ils se tireront d'une situation, que la confiance momentanée de Mithridate ne rend que plus embarrassante et plus critique. Ensuite, c'est t}ue la scène suivante entre Monime et Xipharès, scène où l'amour est si noblement sacrifié au devoir, est pathétique, et inspire un juste intérêt pour les deux amants. Enfin, c'est que les sentiments et les vers sont d'une vérité et d'une beauté si touchante, que les spectateurs sont attendris jusqu^nx larmes de ce qui, sous une autre forme, les auroit fait rire ; et c'est là que le poëte est vraiment le ma gicien d'Horace :fit magus. (L.)